Analyse

Drogue, taxes et brevets: la facture des idées reçues

Enfin un auteur dérangeant, Fabrice Houzé, qui dévoile le prix de la bonne conscience écolo, le coût des brevets, celui des impôts en termes de chômage. Enfin une scientifique, en l’occurence transgenre, Deirdre McCloskey, qui s’attaque aux péchés des économistes. Deux superbes ouvrages

Les économistes sont «institutionnellement ignorants», dans le sens où «ils ne sont guère curieux du monde qu’ils tentent d’expliquer», avance Deirdre McCloskey, dans «Les péchés secrets de la science économique» (Edition Markus Haller, 2017). Ce défaut ne peut nullement être attribué à Fabrice Houzé, l’auteur de «La facture des idées reçues» (Edition Odile Jacob, 2017).

Le trader français, ingénieur de formation, dénonce les œillères idéologiques de droite et de gauche et décortique les chiffres mieux que quiconque.

Taxer la viande et la dette

Quelques petits exemples? La taxe à 75% des socialistes français a rapporté à peine 300 millions d’euros alors que l’augmentation de la concurrence par l’attribution d’une licence mobile à Free a réduit la facture télécom de 3 milliards d’euros. L’évasion fiscale représente un manque à gagner de seulement 0,4% du PIB de nos voisins, mais la dépense publique est de 57% du PIB.

La gauche s’attaque aux 1% les plus riches de la planète. Mais un smicard français fait partie des 7% les plus riches. La lutte contre la drogue coûte 600 millions d’euros par an pour le seul cannabis, sans résultat mesurable. La légaliser en ferait une activité génératrice d’emplois et de recettes fiscales, à son avis. Le consommateur se rabat sur l’alcool, la cigarette, les antidépresseurs et la télévision. Pourtant l’alcool est plus dangereux pour la santé que le cannabis.

L’auteur propose une vaste réforme de la fiscalité: suppression de l’impôt sur la fortune et des impôts fixes (sur les salaires, sur les véhicules de société, la taxe télécom), les droits de mutation, et les subventions des énergies renouvelables. Par contre, il veut taxer la consommation de viande, la dette et l’investissement en immobilier locatif.

Le trader et l’historienne

A priori, rien ne devrait rapprocher l’historienne transgenre et ce trader français. D’autant que la première a déjà publié une longue liste d’ouvrages qui font autorité, notamment sur la révolution industrielle, alors que le second publie ici son premier ouvrage. Le plaisir du lecteur est égal dans les deux cas.

Dans l’abondance des gâchis qu’il dénonce, il est des sujets sur lesquels Fabrice Houzé revient plus avec insistance. Celui des brevets par exemple, en tant que frein coûteux à l’innovation, reprenant ici la thèse d’Elon Musk, le créateur de la Tesla. «Le brevet prouve avant tout la débrouillardise juridique de son auteur», selon l’ingénieur. «La meilleure façon de protéger une innovation n’est pas de la breveter, mais de l’utiliser et de l’améliorer sans cesse», propose-t-il. Le coût de ce gâchis est évalué à 120 milliards d’euros dans le monde. Shakespeare et Goethe ont d’ailleurs fait fortune avec des œuvres largement reproduites sans rémunération pour leurs auteurs.

Le péché mathématique

Le critère clé de Fabrice Houzé est le rapport qualité des prix. Ce qui l’amène à condamner les mesures écologiques comme l’aide au développement, l’interdiction du cannabis et le refus du libre-échange. Les attaques partent dans tous les sens. Mais au moins, à chaque offensive contre un impôt mal ciblé ou une loi qui produit l’effet inverse de l’objectif poursuivi, il répond à la question du combien. «La quantification n’est pas un péché», explique Deirdre McCloskey.

Les économistes en général sont critiqués pour leur abus des mathématiques. Mais ces dernières n’ont pas grand-chose à voir avec les chiffres à proprement parler. Deirdre McCloskey explique que la statistique répond de manière inductive à la question «combien?», les mathématiques, de manière déductive, au «Pourquoi?» et souvent à celle du «Si». En ce sens, l’économie reprend l’approche mathématique sans trop se soucier du combien, critique l’historienne. Les mathématiques sont une «vertu» pour Deirdre McCloskey mais si elles ne sont pas pondérées par d’autres vertus, elles deviennent «l’œuvre du diable».

L’économie ouvre la variable S

L’auteur regrette que les économistes considèrent les êtres humains «comme des machines à calculer ayant pour seuls objectifs la Prudence, le Prix, le Profit, la Propriété et le Pouvoir — les variables P». Le coupable est aisé à désigner. Il s’agit du professeur Paul Samuelson (1915-2009) et de son concept de maximisation de l’utilité. Deirdre Mc Closkey préfère Adam Smith. Pour ce dernier, la prudence est «enchâssée dans les autres vertus, notamment la tempérance et la justice». Il n’y a pas que la variable P dans la vie. Trop d’économistes omettent la variable S (sociabilité, scrupules, sacré). Fabrice Houzé évite heureusement ce type de piège. De fait, c’est un ingénieur de formation et non un économiste.


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