L’invité

François Fillon sera-t-il le Churchill français?

François Fillon sera-t-il l’apôtre de l’économie prospère et pragmatique en matière de relations internationales? Nous le saurons bientôt, s’il emporte l’élection présidentielle, estime le directeur de Katleya Gestion SA, Didier Maurin

J’étais encore récemment à Londres auprès d’Anglais qui, bien que «portés à gauche», jugeaient ainsi une France qu’ils connaissent bien. A leurs yeux, il n’existe aucune ambiguïté. Ils estiment à peine devoir forcer le trait pour constater que la France figure parmi les derniers pays «communistes» de la planète. La répartition y est reine pour aider des personnes en difficulté, certes, mais aussi pour multiplier une frange de population qui sait fort bien profiter du système et qui en abuse.

Pas de vacances pour le chef d’entreprise

Pendant ce temps-là, le chef d’entreprise français, lui, est matraqué. Dernièrement, certains d’entre eux, qui consacrent pourtant 60 heures par semaine à tenter de développer leur structure, m’affirmaient qu’après avoir dû payer le RSI (le «régime social des indépendants», cette charge exubérante qui pèse sur les entreprises françaises), ils n’avaient pas été en mesure de partir en vacances l’été dernier. Malheureusement, ils ne sont pas les seuls…

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A bien y réfléchir, le système économique français est un échec. Un Etat numéro un mondial en matière d’impôts et de charges, telle la France, devrait être riche avec des caisses de retraite pleines. Or, l’Etat français est en quasi-faillite et ses caisses de retraite sont vides.

Pour les entreprises et les chefs d’entreprise qui ne cessent de payer en France en sachant fort bien que leur large contribution ne leur sera pas «rendue» plus tard, le constat est souvent amer. Deux solutions s’offrent alors à eux: faire faillite sur place ou partir. La Suisse est alors l’une des destinations favorites pour ceux qui osent réussir quelque chose en France!

Une politique suicidaire

Par idéologie gauchisante et étroite d’esprit, une partie des Français ne se rend pas compte, ou ne veut pas prendre conscience que, dans une mondialisation où nombre de pays tentent d’attirer vers eux les entreprises avec une fiscalité faible et un droit du travail allégé, une telle politique est un suicide. En effet, un chef d’entreprise sera toujours obligé de répercuter dans les prix des produits qu’il vend le poids des charges et des impôts qu’on lui fait payer, et s’il a des concurrents à l’international, le chef d’entreprise français est tôt ou tard confronté à la nécessité de délocaliser ou de faire faillite.

Nietzsche avait raison, lui qui fut sans doute le plus grand philosophe de tous les temps: «Les peuples ne savent apprendre et ne peuvent apprendre… que par la souffrance et dans la souffrance.»

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En effet, après 30 ans d’une telle politique, la France a connu une forte désindustrialisation et un chômage de masse, de faibles salaires, une grande précarité et un pouvoir d’achat souvent médiocre. Les mentalités commencent donc à évoluer. Il est certain aujourd’hui pour moi, qui connais très bien ce pays pour y être né, que la France amorce un tournant libéral admettant l’évidence qu’en réduisant les charges et les impôts qui pèsent sur les entreprises tout en facilitant le licenciement (nécessaire et logique en cas de problème), la prospérité pourrait revenir… comme ailleurs.

François Fillon et la gauche Rothschild

Le phénomène est clair, puisqu’en mai prochain les Français vont voter pour la présidentielle, et caricatural, car pour la première fois, deux candidats libéraux se démarquent: à gauche, Emmanuel Macron de la «gauche Rothschild», et à droite, François Fillon.

Ce dernier a du charisme, plus de poigne que Nicolas Sarkozy dont il fut le premier ministre, et ose aujourd’hui revendiquer une nécessité libérale qui le rend très populaire. Lorsqu’il était à la tête du gouvernement, il osa affirmer qu’il gérait «un pays en faillite», une vérité qui exaspéra un pays «rose» qui était donc nécessairement «en fleurs»… Pourtant, son constat était réel, mais en politique, certaines vérités ne sont pas toujours bonnes à dire.

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En plus de sa volonté d’une politique libérale, François Fillon est aussi un adepte, à juste titre, de la Realpolitik. Pour lui, Vladimir Poutine et Bachar el-Assad sont, certes, hautement critiquables, mais ils figurent parmi les rares à combattre Daech et les terroristes islamiques qui constituent l’ennemi numéro un à abattre. Dès lors, il convient de consentir à une forme d’alliance avec eux.

Un Churchill français?

En son temps, Winston Churchill fut confronté aux deux personnages détestables qu’étaient Adolf Hitler et Joseph Staline. Cependant, ayant considéré à juste titre que Hitler était l’ennemi suprême, Churchill fit alliance avec Staline pour abattre les nazis et y parvint.

François Fillon sera-t-il le Churchill français, apôtre de l’économie prospère et pragmatique en matière de relations internationales? Nous le saurons bientôt, s’il emporte l’élection présidentielle au printemps prochain et si la France retrouve l’aura qu’elle a perdue.

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