Conjoncture

L’emploi explose dans la santé et le social

Le chômage devrait baisser à 3,2% en 2017, selon le Seco. Certains secteurs sont de forts créateurs d’emplois. Ceux de la santé et du social en ont créé 150 000 depuis 2008

A l’heure du bilan 2016 et des perspectives 2017 sur le front de l’emploi, Boris Zürcher, chef de la direction du travail au secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), vante la forte résistance de l’économie suisse aux chocs conjoncturels ou structurels. «Le choc de l’appréciation du franc suisse a été beaucoup mieux absorbé que certains l’avaient supposé. L’immigration joue un rôle d’amortisseur conjoncturel, mais la population active, qui bénéficie d’un bon niveau de qualification, est aussi prête à s’adapter aux changements structurels dans un système politique de marché du travail qui peut aussi atténuer les secousses, notamment grâce aux mesures de chômage partiel», a souligné mardi Boris Zürcher, lors d’une conférence de presse.

Le chômage a augmenté de 0,2 point de pourcentage, à 3,5%, en décembre 2016. «Mais cette progression est due uniquement à des facteurs saisonniers», note Boris Zürcher. Sur les 10 144 chômeurs supplémentaires enregistrés en décembre, 6776 proviennent du secteur de la construction. Corrigé des variations saisonnières, le taux annuel se situe à 3,3% en 2016. «La situation va s’améliorer durant le deuxième semestre 2017», prévoit le chef de la direction du travail. Le Seco table sur un taux de 3,2% cette année, puis 3,1% en 2018, dans un contexte de croissance du produit intérieur brut (1,8% en 2017 contre 1,5% en 2016, puis 1,9% en 2018).

Six mois de chômage

L’image du marché suisse de l’emploi est très dynamique puisque la durée moyenne du chômage est limitée à 6,6 mois, et 3,6 mois pour les jeunes de 15 à 24 ans. 14 200 emplois nets (+ 0,3%) ont été créés l’an dernier, et 335 000 (+7,1%) entre 2008 et 2016. Le plus gros contributeur d’emplois est le domaine de la santé et des services sociaux (+17 885 l’an dernier, et près de 150 000 en huit ans). L’enseignement, l’administration publique et le domaine de la communication sont les autres principaux secteurs contributeurs à la création d’emplois.

Inversement, il y a une forte érosion dans la fabrication de marchandises et l’industrie (-7896 l'an dernier, et -55 388 en huit ans). L’hôtellerie et la restauration sont aussi fortement touchées (-3801 en un an, et -32 397 en huit ans). Le secteur de la construction a perdu 6105 emplois l’an dernier, mais en a gagné plus de 16 000 en huit ans. «Cette réduction l’an dernier doit être comparée au haut niveau atteint dans le bâtiment ces dernières années», relativise Boris Zürcher.

Cette mutation de l’économie suisse vers les professions tertiaires est une tendance lourde, selon le chef de la direction du travail. «Le mouvement va se poursuivre en 2017. Il y aura donc des créations d’emplois dans les secteurs de la santé et l’administration publique, et des réductions dans le secteur industriel, à l’exception de l’industrie chimique et pharmaceutique qui devrait aussi offrir de nouveaux emplois», souligne Boris Zürcher.

Le secteur financier devrait rester stable. Sa part dans l’emploi représente 4,9% selon le Seco, soit le même poids qu’il y a 25 ans. Par contre, durant la même période, la part du domaine de la santé est passée de 8,9% à 14%, et celle de la fabrication de marchandises de 20,2%, à 13,9%.

Le frein de l’austérité

Credit suisse (CS) a publié mardi son manuel des branches 2017. Les analystes bancaires parviennent à des conclusions quasi identiques. L’emploi devrait progresser de 0,5% cette année avec une croissance très forte dans la santé (+1,9%), suivi du secteur des services aux entreprises (+1%). «Les branches proches de l’Etat comme la santé et le social ont continué à étoffer leurs effectifs en 2016, la croissance de l’emploi restant toutefois en deçà de la moyenne des dernières années, notent les analystes de CS. Ce ralentissement s’explique notamment par l’austérité budgétaire croissante des pouvoirs publics».

L’étude indique aussi que 2016 fut «une année extrêmement mauvaise pour l’industrie horlogère», mais relève que l’industrie des machines est «de nouveau en croissance pour la première fois depuis le choc du franc». Au cours des trois à cinq ans à venir, les économistes de Credit suisse pensent que le secteur informatique représente le plus fort potentiel de croissance.

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