Technologie

Aux Etats-Unis, les start-up lèvent moins d’argent

Après une année 2015 euphorique, les levées de fonds ont nettement reculé l’an passé. Les start-up américaines ont dû s’ajuster

Coup de frein sur le financement des start-up aux Etats-Unis. Après deux années consécutives de forte croissance, les investissements dans les jeunes pousses américaines ont reculé de 20% en 2016, passant de 73,3 à 58,9 milliards de dollars selon les décomptes réalisés par CB Insights et par PricewaterhouseCoopers. Le nombre de levées de fonds affiche un repli de 16%.

Cette chute doit cependant être relativisée. 2015 avait en effet été une année particulièrement faste – au troisième trimestre, par exemple, les levées de fonds dans la Silicon Valley avaient atteint leur plus haut niveau depuis l’an 2000, en pleine bulle Internet. Le montant des investissements réalisés l’an passé aux Etats-Unis est ainsi plus élevé qu’en 2014.

Plusieurs facteurs à la source du ralentissement

Parallèlement, le nombre de levées de fonds supérieures à 100 millions de dollars a fortement reculé: 63 en 2016 contre 109 l’année précédente. L’accalmie a également touché les valorisations, qui s’étaient fortement envolées en 2015. Seulement 14 entreprises sont entrées dans le club des licornes (valorisation supérieure à un milliard de dollars), contre 45 en 2015.

Plusieurs facteurs expliquent ce ralentissement. D’abord, le repli des «exits» qui permettent aux investisseurs de dégager des plus-values, qu’ils peuvent ensuite réinjecter dans autres start-up. L’an passé, 21 sociétés technologiques américaines se sont introduites en Bourse, contre 26 et 56 en 2014. Dans le même temps, «les géants de la high-tech ont ralenti le rythme sur le front des acquisitions», note Matthew Wong, analyste chez CB Insights.

Valorisations excessives

Cette tendance a eu un deuxième effet: «le retrait progressif des investisseurs non traditionnels qui avaient été très actifs depuis deux ans», souligne Matthew Wong. Ces nouveaux entrants, comme les fonds BlackRock, T. Rowe Price ou Fidelity, avaient joué un rôle important dans la croissance enregistrée en 2015.

En outre, de nombreuses start-up ont été pénalisées par les valorisations excessives qu’elles avaient obtenues en 2014 ou en 2015. Une partie de ces jeunes entreprises a préféré attendre un climat plus favorable. D’autres ont dû accepter des clauses très strictes garantissant à leurs investisseurs de récupérer leur mise ou une valorisation égale ou inférieure à la précédente. D’après une étude du cabinet juridique Fenwick & West, cela concerne près d’un tiers des levées de fonds aux Etats-Unis.

Dans ces conditions plus difficiles, la priorité est désormais au contrôle des coûts dans de nombreuses start-up américaines, qui ne sont majoritairement toujours pas rentables. Cela va de la baisse des avantages en nature, comme les repas gratuits, à des plans sociaux, qui se font de moins en moins rares.

La livraison de repas à la peine

Parmi les secteurs les plus touchés: la livraison de repas, l’un des symboles de l’euphorie autour de l’économie à la demande. Si de nombreuses start-up se sont lancées, le modèle économique tarde à faire ses preuves. Hormis quelques rares exceptions, les investisseurs fuient désormais ce secteur. En mars, la start-up américaine SpoonRocket avait ainsi dû fermer ses portes.

A l’opposé, l’intérêt pour les voitures sans conducteur a profité aux start-up de l’autotech. Selon CB Insights, elles ont levé plus d’un milliard de dollars en 2016, un chiffre en très forte progression. Les entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle tirent également leur épingle du jeu. Elles profitent de la course que se livrent Apple, Google, Facebook ou encore Amazon, qui multiplient les rachats dans ce domaine jugé stratégique.

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