Innovation

La blockchain fait son entrée dans la finance suisse

Un consortium incluant la Haute Ecole de Lucerne, l’opérateur de la bourse suisse SIX, Swisscom et d’autres, a développé un système d’échange de gré à gré avec la blockchain. Responsable du projet à la Haute Ecole de Lucerne, Mathias Bucher explique les développements possibles

Les applications de la blockchain se multiplient. Elles se développent également dans la finance suisse. Un consortium mené par la Haute Ecole de Lucerne, l’opérateur de la bourse suisse SIX, Swisscom et d’autres travaille depuis septembre dernier sur un système d’échange des produits de gré à gré basé sur la blockchain. Le projet a abouti, a annoncé la Haute Ecole de Lucerne dans un communiqué diffusé jeudi. Responsable du projet à l’Institut sur les services financiers de Zoug, une branche de la Haute Ecole de Lucerne, Mathias Bucher explique les développements possibles.

– A quoi sert ce système?

– Il va servir aux échanges d’actions suisses de gré à gré (OTC). Nous sommes convaincus que c’est une excellente application: la technologie blockchain permet de garder le caractère bilatéral des transactions tout en réduisant les délais de «clearing/settlement» et en étant conforme à la réglementation, qui a évolué. Les banques doivent suivre cette évolution, et notre système peut les aider. C’est qui est particulier à notre logiciel blockchain, c’est qu’il garde la confidentialité des participants: seuls les acteurs qui en ont le droit connaîtront l’identité des personnes impliquées dans la transaction. Nous avons ajouté un module de cryptage pour cela.

– Quelles sont les réactions des banques et des autres intervenants du secteur financier?

– Ils observent les développements. Il est important de savoir que ce système est ouvert à tous les acteurs du secteur financier suisse. Ils n’ont pas à payer pour en faire partie, mais seulement à contribuer à son fonctionnement. Si une banque est intéressée à rejoindre le consortium, elle est bienvenue.

– Est-ce que le système fonctionne déjà ou est-il seulement théorique? Des banques l’utilisent-elles déjà?

– Le système fonctionne: une démo existe. Ce n’est pas théorique, la fonctionnalité peut être testée sur le site du projet. On peut dire que la première phase – l’élaboration de la fonctionnalité du logiciel – est accomplie. Il reste maintenant à l’intégrer aux environnements informatiques des banques participantes, de la SIX pour le payement, et à recevoir l’aval des autorités. Nous devons également choisir une structure légale pour l’opération du système, qui va être régi par des «smart contracts» (contrats qui s’auto-exécutent en fonction de paramètres déterminés à l’avance).

– Quelles sont les réactions des autorités, comme la Banque nationale suisse et la Finma?

– Nous avons présenté le projet à la BNS l’an dernier déjà et, sans être impliquée, elle était positive et intéressée. Nous allons aussi le présenter à la Finma et au Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales (SFI) ces prochaines semaines, mais nous attendions d’avoir terminé le logiciel pour ne pas leur faire perdre de temps.

– Le projet va-t-il continuer? A quoi d’autre la blockchain peut-elle servir dans la finance en Suisse?

– Nous avons commencé avec le marché d’actions suisses de gré à gré, parce qu’il est facile à comprendre et n’a pas un volume énorme. Au moment du lancement du projet, la technologie n’était pas encore assez avancée pour choisir un marché plus gros. Ce qui est possible maintenant. Il existe un intérêt pour élargir le système à d’autres produits financiers échangés de gré à gré. Mais je préfère parler de ce qu’on a fait plutôt que de ce qu’on va faire. On en parlera plus tard.

Pour en savoir plus: Le site du projet OTC-Blockchain

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