Technologie

Les messageries vont-elles révolutionner le commerce?

Imitant le chinois WeChat, Messenger, Viber ou encore Snapchat se transforment en supermarchés numériques. Ces applications commencent à permettre de discuter avec des robots, faire des achats ou encore transférer de l’argent

C’est sans doute un record mondial: les utilisateurs de la messagerie chinoise WeChat passent en moyenne… une heure et demie à la consulter. En Europe et en Suisse, ni WhatsApp, ni Messenger, ni Snapchat ou encore Telegram ne peuvent prétendre à une telle fidélité. Mais cela pourrait changer. Chaque jour, ces applications de messagerie instantanées se diversifient un peu plus pour tenter de devenir incontournables sur le smartphone de leurs utilisateurs. Le temps où ces services ne permettaient que de s’envoyer des messages texte ou des photos est révolu: ces applications se transforment en supermarchés numériques.

A l’échelle planétaire, l’enjeu est colossal. A lui seul, Messenger de Facebook revendique un milliard d’utilisateurs. WhatsApp, qui appartient aussi à ce réseau social, compte 1,2 milliard de fidèles. Kik, un service basique moins connu, possède tout de même 300 millions d’adeptes. Incapables d’avoir fait évoluer leur SMS, les opérateurs télécoms voient ces services de messagerie tout dévorer sur leur passage. Ces innombrables applications leur ont mangé les messages texte, puis les appels audio, et enfin vidéo.

Le modèle WeChat

Le modèle à suivre, c’est WeChat: la messagerie chinoise permet de commander un taxi, réserver une table dans un restaurant ou encore d’acheter des produits financiers. «Tous les développeurs de messagerie au monde scrutent les innovations de WeChat, l’application la plus complète, estime Catherine Boyle, analyste auprès de la société de recherche américaine eMarketer. Avec ses services, WeChat parvient à garder un maximum de temps ses utilisateurs connectés. Certes, l’application est née dans un marché favorable, puisque des millions de Chinois l’ont découverte en même temps qu’Internet. Mais son succès est tout de même remarquable».

Lire aussi: WeChat, l’application chinoise à tout faire

Les chatbots sont dans une phase expérimentale, ils pourraient devenir des assistants pour du shopping en ligne.

Catherine Boyle, analyste chez eMarketer

Forcément, WeChat donne des idées. Ainsi, Messenger de Facebook permet déjà de s’envoyer de l’argent entre amis depuis 2015. Depuis septembre 2016, l’application permet d’effectuer des achats en son sein: il est ainsi possible, par exemple, de commander, aux Etats-Unis, des pizzas chez Domino’s sans quitter l’application. Sans parler des plus de 30 000 chatbots qui existent sur Messenger: ces logiciels automatiques permettent de converser avec une entreprise pour réserver un billet d’avion, commander un taxi ou discuter avec le service après-vente d’un loueur de voitures. Pour Catherine Boyle, ce sont encore des tests: «Les chatbots sont dans une phase expérimentale, ils pourraient devenir des assistants pour du shopping en ligne. Tout le monde regarde ce que fait Messenger avec son immense base d’utilisateurs.»

Lire aussi: Mes conversations avec des chatbots

Viber, très ambitieux

Des acteurs à peine plus petits comme Viber veulent aussi aller vite. Le service, fort de 800 millions d’utilisateurs, intègre le service d’envoi d’argent de Western Union. Il a aussi imité Snapchat en permettant depuis peu l’envoi de messages éphémères s’autodétruisant après un nombre prédéfini de secondes. En mars, une nouvelle version de Viber – dont le directeur entend détrôner WhatsApp… – doit permettre par exemple de chercher des restaurants, d’effectuer des réservations et ensuite de faire des paiements.

Peut-on imaginer que les applications de messagerie cannibalisent toutes les autres sur son smartphone? «C’est un peu exagéré, tempère Catherine Boyle. Sur nos smartphones, nous passons le plus clair de notre temps à voir des vidéos, utiliser des réseaux sociaux, jouer et s’envoyer des messages. Je ne pense pas que les messageries, malgré leur expansion continue, puissent remplacer des concurrents très puissants dans ces marchés.»

La puissance d’iMessage

Dans ce monde des messageries où tout le monde s’imite, se ressemble et tente de manger des parts de marchés aux autres, deux acteurs détonnent par leur stratégie: Apple et Google. Le premier n’a pas lancé de système de messagerie autonome. «Attention, iMessage est extrêmement puissant, avertir Catherine Boyle. C’est un service très utilisé par les propriétaires d’iPhone et je pense qu’avec le lancement prochain de l’iPhone 8, Apple va intégrer de l’intelligence artificielle et des chatbots dans sa messagerie.» Une messagerie qui permet déjà de s’envoyer des dessins maison, de jouer avec ses amis et de partager très facilement photos et vidéo. De son côté, Google sème la confusion en lançant une myriade d’applications, telles Allo, Hangout ou encore Duo. Allo semble la plus prometteuse, en permettant à deux humains qui discutent d’insérer dans la conversation un chatbot de Google pour permettre de trouver une idée de restaurant, par exemple.

Lire aussi: Avec Allo, Google introduit l’intelligence artificielle dans vos conversations

Chaque application tente de se démarquer en jouant sur une force que tous veulent imiter. Telegram mise sur la confidentialité, Snapchat sur les messages à durée limitée, Kik sur l’anonymat… Et il demeure le grand mystère WhatsApp: le service à plus forte base d’utilisateurs ne propose «que» messages texte, photo et vidéo. «WhatsApp, c’est un immense point d’interrogation, poursuit Catherine Boyle. Ses propriétaires ont promis qu’il n’afficherait jamais de la publicité, mais il est possible que du contenu sponsorisé apparaisse. Pour l’heure, rien n’est sûr.» L’enjeu est majeur: WhatsApp craint par-dessus tout de faire fuir ses utilisateurs vers d’autres messageries.

Publicité