Jeux vidéo

On a essayé la Switch, la nouvelle console deux-en-un de Nintendo

«Le Temps» a pu mettre la main sur la Nintendo Switch, censée faire oublier l’échec de la Wii U. Le constructeur japonais a fait le pari de la mobilité, avec une console qui accompagne le joueur dans ses déplacements. Sortie prévue le 3 mars

Décidément, Nintendo ne fait rien comme les autres. La firme japonaise le confirme encore une fois avec sa nouvelle console, la Switch. Présentée à Zurich le week-end dernier lors d’un événement maison, la petite dernière a pour elles quelques arguments qui méritent le détour. Au point de rivaliser avec ses deux grandes concurrentes, la PS4 de Sony et la XBox One de Microsoft? Réponse avec notre prise en main, avant la sortie officielle en Suisse le 3 mars.

Une console deux en un

Moitié console de salon, moitié console portable, la Switch est un véritable appareil deux-en-un. Branchée au téléviseur via un câble HDMI, elle accueille un écran de 6,2 pouces, sorte de petite tablette tactile qui se transforme en console portable lorsqu’on la prend dans les mains.

Dans les faits, le système est une réussite. Le transfert de l’image du téléviseur vers l’écran portable et vice-versa se fait à la volée, sans aucun accroc. Pratique lorsqu’on désire poursuivre une partie dans les transports en commun, ou qu’on doit céder l’utilisation du téléviseur à un membre de la famille. Cet écran secondaire n’a rien d’un faire-valoir: la qualité d’image se paie même le luxe d’être plus flatteuse que sur la TV du fait de la surface d’affichage réduite. La densité de pixels demeure toutefois moins élevée que sur un smartphone haut de gamme.

Ce mode portable n’oblige pas forcément au jeu en solo: un pied permet de poser l’écran sur la tranche ce qui permet à tout le monde de voir convenablement l’image. Une batterie alimente cette tablette et doit en assurer le fonctionnement pendant 3 à 6 heures selon les jeux, selon les dires de Ettore Trento, porte-parole de Nintendo Suisse.

Un imbroglio de manettes

L’autre originalité de cette console, ce sont ses manettes – ou plutôt ses «Joy-Con» (sic) selon la novlangue de Nintendo. Il s’agit de commandes entièrement modulables selon les envies et les jeux. Attention, rien n’est simple avec ces contrôleurs qui ont allègrement pioché dans les précédentes générations de manettes Nintendo.

De base, un Joy-Con est constitué de deux petites télécommandes qui ressemblent aux Wiimotes de la Wii. On y trouve les sempiternels boutons disposés en carré, comme sur la Super Nintendo ainsi qu’un stick analogique, comme sur la Nintendo 64. On peut s’en servir de plusieurs manières, comme sur la Wii donc, les Joy-Con «comprenant» les mouvements du joueur grâce à des accéléromètres et un capteur infrarouge. On peut également les manier dans le sens de la largeur, comme des petites manettes de NES.

Ces deux appendices se connectent de part et d’autre d’un bloc noir, le Joy-Grip, qui n’a qu’une fonction de support. Un autre Joy-Grip, vendu séparément, contient quant à lui une batterie capable de recharger les Joy-Con qui y sont attachés. Vous suivez toujours? Ce n’est pas fini: Nintendo propose également une autre manette, le Pro Controller, copie quasi conforme de ce que l’on trouve chez la concurrence et sans doute destiné aux joueurs plus sérieux.

Une telle complexité peut dérouter, sachant que Nintendo vise avant tout la simplicité et le fun. Et ce d’autant que ces accessoires ne sont pas donnés: le Pro Controller est vendu à 79 francs, un Joy-Con 89 francs et enfin le Joy-Grip – celui qui recharge – est proposé à 49 francs.

Pas de rétro-compatibilité

Évidemment, la Switch peut se connecter à Internet, soit en Wifi, soit en Ethernet mais il faudra pour cela se procurer un adaptateur (environ 30 francs) qui permettra entre autres de mettre sur pied un réseau local permettant à jusqu’à dix Switch de disputer des parties multijoueurs, comme à la grande époque des «LAN parties».

Nintendo ne communique pas sur les détails techniques. Nous nous concentrons sur le fun

La Switch sera liée à un magasin en ligne, le Nintendo Game Store. Bien que fonctionnant avec des jeux sur support physique (de petites cartouches nommées les Game Cards), elle acceptera aussi les jeux dématérialisés achetables via ce magasin. Ils seront installés dans la mémoire interne de l'appareil (32 Go, extensible par carte mémoire). Amateurs de retro-gaming, passez votre chemin: les gloires passées de Nintendo ne seront pas disponibles sur la Switch, seul un ancien titre sera disponible chaque mois, et uniquement pendant un mois. Et encore, il faudra pour cela souscrire à un abonnement, car comme chez Sony et Nintendo, le jeu en ligne sera soumis à une dîme mensuelle. «Le service est cependant gratuit jusqu’à cet automne», indique Ettore Trento. Nintendo avait la possibilité de se démarquer sur ce point, en proposant un service gratuit immédiatement utilisable par tous. Encore une fois la promesse de simplicité n’est pas réellement tenue, c’est bien dommage.

Le nouveau Zelda en invité de marque

Puisqu’il est question de jeux, parlons-en. Lors de l’événement zurichois auquel «Le Temps» a assisté, seule une poignée de titres, en grande majorité développés en interne, étaient jouables. Citons notamment «1-2 Switch», compilation de 28 mini jeux d’apéro qui rappelle le glorieux passé de la Wii. On joue à un duel de cowboys (il faut dégainer son Joy-Con et tirer lorsqu’un signal sonore retentit), de katanas ou – plus subtil – on tente de deviner combien de boules se trouvent dans une boîte en bois simulée par une Joy-Con qu’on incline et dont le moteur de vibration se montre incroyablement sensible et convaincant. D’autres mini jeux nous ont semblé plus anecdotiques pour ne pas dire de mauvais goût, tel ce simulateur de traite de vache franchement salace.

Heureusement, Nintendo peut s’appuyer sur ses valeurs sûres. Clou du spectacle zurichois, le nouvel opus de la saga Zelda, «Breath of the Wild», s’est laissé prendre en main pendant une vingtaine de minutes. On y retrouve le royaume d’Hyrule – redevenu terrestre après un passage dans les cieux de «Skyward Sword» – et un Link comptant une nouvelle panoplie de mouvements: escalade, cuisine, esquives. La gestion de l’inventaire a également été repensée avec la possibilité de bricoler un peu pour personnaliser son équipement. Mais le meilleur argument de ce nouveau Zelda c’est l’immensité de son univers, annoncé comme entièrement ouvert et pouvant être exploré en toute liberté, sans ordre pré-établi des donjons.

Renonciation technologique

Attention toutefois à certains ralentissements, observables dans la version que nous avons eue entre les mains. Malgré de superbes images, la fluidité des scènes de combat laisse à désirer. A ce titre, la non-réponse de Nintendo sur la fiche technique de la Switch est éclairante: «Nintendo ne communique pas sur les détails techniques. Nous nous concentrons sur le fun.» Une manière de reconnaître que la course technologique a déjà été perdue face aux consoles concurrentes de Sony et Microsoft – deux groupes diversifiés dans une large palette de produits high-tech – mais pas la course aux bonnes idées.

La Wii U n’en était pas une. L’avant-dernière console de Nintendo a été l’une des moins vendues de sa génération. Il s’en est écoulé 13,8 millions d’exemplaires depuis 2012, contre 54,4 millions de PlayStation4 en un an de moins. La Switch espère faire mieux, en misant sur la nouvelle mobilité de sa galerie de personnages-phares.

Des éditeurs tiers absents

Outre Link, Mario était évidemment de la partie mais uniquement dans «Mario Kart 8 Deluxe», qui n’est hélas qu’une «remastérisation» de la version Wii U, affublée d’un mode «Battle» pour l’occasion. Les nouvelles aventures du plombier, «Super Mario Odyssey», ne sortiront qu’à la fin de l’année, afin d’espacer les sorties, nous dit Ettore Trento.

C’est finalement ce qui inquiète le plus dans cette sortie de la Switch: l’absence notable des grands studios de développement. Certes, Ubisoft, Electronic Arts ou encore Bethesda, qui va porter Skyrim sur Switch, ont annoncé leur soutien au nouveau joujou de Nintendo. Mais il est quand même étrange, voire suspect, qu’aucun de ces grands noms du jeu vidéo n’ait daigné présenter quelques titres lors du lancement officiel de la console. Pour rappel, ces derniers avaient répondu présents lors de la sortie de la Wii U, avec des licences telles que Assassin’s Creed, Call of Duty ou Batman. Sachant que le succès d’une console est étroitement lié au support de ces développeurs tiers, Nintendo va devoir tout faire pour les séduire.

«Nintendo Switch sera soutenu par les meilleurs studios de développement, assure Ettore Trento, entre autres Activision, EA, Square Enix, Take Two Interactive, Ubisoft et Warner Bros. Interactive, ainsi que de grands studios japonais». Parmi les titres en cours de développement, le responsable cite un nouveau Sonic, Ultra Street Fighter II, ou encore Rayman. Vivement que ces mastodontes viennent montrer ce que la Switch a vraiment dans le ventre.


Casser sa tirelire

Impossible de ne pas se prêter à un rapide calcul de la facture liée à la Switch. Nintendo ne communique pas sur ses tarifs et laisse le soin aux vendeurs de le faire. Voyons donc cela.

  • La console, livrée avec un Joy-Con, mais sans jeu: 349 francs
  • Un Joy-Con supplémentaire avec son Joy-Con Grip avec fonction de recharge: 128 francs
  • Un Pro-Controller: 79 francs
  • Zelda Breath of The Wild: 79 francs
  • Total: 635 francs

(Prix publics constatés sur les sites de vente en ligne - des rabais ou offres de lancement peuvent revoir la facture légèrement à la baisse en fonction des offres des magasins)

 

 

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