Marchés

Snapchat réalise un début en fanfare pour son entrée en bourse

Le titre Snap a ouvert à 24 dollars jeudi matin alors que le prix de l’action avait été fixé à 17 dollars mercredi soir. C’est la première introduction en bourse d’une entreprise américaine de la tech cette année

L’affiche recouvre presque toute la façade du New York Stock Échange (NYSE). Sur un fond jaune vif – couleur choisie par Evan Spiegel pour se démarquer des autres applications –, sept lettres en noir: Snap Inc. Une nouvelle ère dans l’histoire de la start-up de messagerie sur smartphone créée en 2011 a démarré jeudi matin à Wall Street, à 4500 kilomètres de son siège de Venice Beach à Los Angeles en Californie.

Chemise blanche, cravate dorée, Evan Spiegel a traversé la salle tout sourire, accompagné du cofondateur de Snapchat, celui souvent décrit comme le «cerveau» du duo, Bobby Murphy. A moins de 30 ans, leur fortune respective est estimée à plus de 3 milliards de dollars.

C’est Tom Farley, le patron du NYSE, qui les a accompagnés pour sonner la cloche et lancer cette nouvelle journée sur les marchés à 9h30. «C’est une société fun», a-t-il commenté, heureux que Snap Inc. ait choisi la plateforme boursière du NYSE plutôt que celle du Nasdaq pour faire son entrée en bourse. Jusqu’à peu, le Nasdaq était la destination logique pour les sociétés du secteur de la tech.

En 2012, Facebook avait rendu ses actions disponibles à 11h30 du matin, heure de New York. Twitter s’était lancé dès 10h49 un an plus tard, Ali Baba à 11h53 en septembre 2014. Peu avant 11h30 jeudi, Snap, la maison-mère de Snapchat, a réussi ses débuts à Wall Street.

Marché sevré d’introductions majeures

L’action s’est négociée à 24 dollars à l’ouverture, 40% de plus que son prix d’introduction. Le prix était fixé à 17 dollars mercredi soir pour les 200 millions de parts mises à disposition.

L’arrivée de Snap en bourse était attendue sur un marché qui bat des records depuis plusieurs semaines mais qui a été sevré d’introductions majeures depuis Alibaba il y a deux ans et demi. L’année 2016 a été qualifiée de catastrophe dans ce domaine.

«Les fonds spéculatifs sont à la traîne, les fonds communs de placement aussi. Ils ont besoin d’une introduction en bourse de poids pour se replacer, a souligné Roger McNee de Elevation Partners sur la chaîne CNBC. Snap arrive pile au bon moment et à la bonne échelle.»

L’enthousiasme suscité par ce timing a permis de dépasser certaines inquiétudes légitimes. Snap Inc. a multiplié ses revenus par sept en 2016 et a malgré tout perdu plus d’un demi-milliard de dollars. Et les actions ne sont pas accompagnées d’un droit de vote. Les investisseurs n’auront donc pas la possibilité d’influer le destin de la société.

Dans les pas de Facebook ou de Twitter?

La création de Evan Spiegel et Bobby Murphy doit aussi faire face à la concurrence d’Instagram. Ce dernier appartient au réseau social américain Facebook dont les deux hommes avaient rejeté l’offre d’achat de 3 milliards de dollars. Le ralentissement dans la croissance de son nombre d’utilisateurs coïncide d’ailleurs avec le lancement l’été dernier de Stories, inspiré de Snapchat.

Le risque de surévaluation – aux environs de 30 milliards de dollars pour cette première journée – est une réalité comme pour d’autres entreprises de la tech mais Evan Spiegel et Bobby Murphy avaient tout de même des arguments à faire valoir au cours de leur «roadshow», la tournée de présentation aux investisseurs avant l’entrée en bourse.

Evan Spiegel répète à l’envie que Snap est une société vidéo et plus seulement un réseau social. Snapchat revendique 160 millions d’utilisateurs. Les moins de 25 ans passent une demi-heure par jour sur l’application Snapchat. Elle est d’ailleurs ouverte en moyenne 18 fois quotidiennement. Un outil incontournable pour les publicitaires qui ciblent les 18-34 ans.

Après ce départ réussi, le plus dur est à venir pour Snap. Twitter avait vu son action grimper de 70% au terme de sa première journée de cotation. Avec une croissance de ses utilisateurs en berne, la firme de San Francisco peine aujourd’hui. A l’inverse, Facebook avait raté son entrée en bourse avant d’enchanter les investisseurs. Quel chemin va suivre Snap? Il faudra plusieurs mois avant de connaître la réponse à cette question ouverte depuis l’annonce de son introduction sur les marchés fin janvier.

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