Média 

Quand la presse était toute-puissante

En 1920 et en 1950, la Confédération décide de soutenir deux nouvelles technologies qui n’ont pas encore trouvé leur marché: la radio et la télévision. Craintifs, les éditeurs privés ont fini par financer la télévision publique naissante

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. En concert en Angleterre, la voix de la diva Nellie Melba aurait porté jusqu’à New York. Nous sommes en 1920. La radio n’est encore qu’une lointaine et mystérieuse invention. La presse est, elle, toute puissante; en Europe et tout particulièrement en Suisse où 400 journaux payants indépendants se disputent un marché morcelé sur quatre langues et 22 cantons.

Malgré quelques initiatives privées «d’ordre expérimental à Genève ou Lausanne», il est alors impossible d’imaginer un développement des liaisons hertziennes au niveau national sans aide de l’Etat, rappelle Alain Clavien, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Fribourg. La Société suisse de radiodiffusion (SSR) est créée en 1931, sur le modèle de la British Broadcasting Corporation (BBC), transformée en organisme public en 1927.

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Rapidement, la SSR se dote de trois émetteurs pouvant porter d’un bout à l’autre de la Suisse. «La presse – qui craint déjà la concurrence de ce nouvel acteur – fait pression pour garder le monopole sur le marché de l’information. Pendant des années la radio ne pourra faire qu’un bulletin d’infos par jour, alimenté par des dépêches», explique le spécialiste de l’histoire de la presse.

Les éditeurs financent la SSR

Mais les temps changent, et le mandat de la SSR s’accroît avec les avancées technologiques. En 1953, le Conseil fédéral lui octroie le mandat de tester une autre invention: la télévision. Cinq soirs par semaine, pendant une heure, le studio Bellerive de Zurich diffuse des images pour les rares propriétaires de télévision. Le retour sur investissement est douteux. «Les éditeurs privés sont à l’époque un lobby puissant, souligne Alain Clavien. Ils acceptent de financer eux-mêmes le service public naissant, contre une interdiction de la publicité à la télévision. Les éditeurs pensaient faire une bonne affaire mais la SSR dépasse vite le seuil d’abonnés maximum et le deal devient caduc.»

Au tournant du millénaire, la redevance a été étendue aux médias audiovisuels privés. Les bénéficiaires de concessions publiques perçoivent désormais 5% du montant total collecté par l’entreprise Billag. Au contraire des journaux, dont le nombre a fondu de moitié par rapport au siècle dernier. Rien que sur les 20 dernières années, le tirage global a perdu 1,15 million d’unités.

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