Horlogerie

La sino-dépendance du groupe Swatch «est une chance, pas un problème»

Le groupe réalise plus d’un tiers de ses ventes en Grande Chine. Son patron, Nick Hayek, ne voit pas pourquoi il devrait s’en inquiéter

Lorsque Swatch Group vend pour 100 francs, il y a 33,50 francs qui viennent de la Grande Chine (Chine, Hong Kong, Taiwan, Macao). Cela a représenté 2,5 milliards de francs en 2016, contre 2,8 milliards en 2015. Une proportion trop importante, selon certains analystes, qui interpellent régulièrement le groupe sur cette sino-dépendance.

Jeudi à Bienne, à l’occasion de la conférence de presse annuelle du numéro un mondial de l’horlogerie, personne n’a eu besoin de reposer la question à Nick Hayek. Le directeur général du groupe y a répondu spontanément. «Ce n’est pas un problème, c’est une chance! C’est la Chine, et non pas les Etats-Unis, qui est aujourd’hui le moteur de l’économie mondiale. Et pas seulement dans l’horlogerie».

«De biens meilleurs chiffres que l’an dernier»

Pourquoi Swatch Group devrait-il y modérer ses ambitions, a-t-il demandé à l’assemblée de journalistes réunis dans les locaux d’Omega. La question est d’actualité. Car Nick Hayek le dit et le répète à l’envie depuis plusieurs mois: en Chine continentale, le marché est dynamique, voire très dynamique. Ce que les Chinois n’achètent plus à l’étranger – parce qu’ils sont davantage contrôlés par les douanes à leur retour, ou parce qu’il voyagent moins, ils l’achètent dans leur propre pays.

Mark Alexander Hayek, responsable du segment luxe du groupe (Blancpain, Breguet, Jaquet Droz) confirme: en Chine, les marques qu’il supervise ont enregistré de «bien meilleurs chiffres que l’an dernier», durant les deux premiers mois de 2017.

On l’a compris, la Chine continentale est une priorité. Dans son rapport annuel publié jeudi, Swatch Group énumère les jalons qu’il a posé l’année dernière, dans un pays où il «a conservé sa position dominante»: l’alliance avec Union Pay, pour la montre à paiements Swatch Bellamy, le site d’e-commerce de Tissot, un service-clients pour la réparation de mouvements, une plateforme d’apprentissage en ligne ou encore la nouvelle application Flik Flak pour apprendre à lire l’heure, déclinée en cinq langues, dont le chinois.

Le tiers de l’Europe, c’est la Suisse

Grande Chine comprise, la zone Asie et Moyen-Orient pèse désormais 58,3% du chiffre d’affaires, à 4,4 milliards de francs. Swatch Group précise que de «très bonnes performances» ont été enregistrées en Corée du Sud et dans les pays du Moyen-Orient.

L’Europe, elle, représente 31% des ventes, contre 33% un an auparavant. La hausse des affaires au Royaume-Uni, alimentée par la faiblesse de la livre sterling, n’a pas suffi à compenser l’effet des attentats en Belgique, en Allemagne, en France ou en Turquie sur le reste du continent.

Le marché suisse, inclu dans les 31% européens, a lui aussi souffert de la baisse du tourisme. A 756 millions de francs, les ventes de Swatch Group dans son propre pays sont en repli de 23%. Lorsque le groupe vend pour 100 francs, il y a donc 10 francs qui viennent de Suisse, contre 12 francs en 2015. Et 14,60 francs en 2010.

Le recul de 2016 est «aussi lié à celui des livraisons de mouvements à des horlogers tiers», considère René Weber. L’analyste de Vontobel estime que celles-ci ont chuté de moitié en 2016. Il note en revanche un retour des touristes chinois en Suisse. Une augmentation de 54% en janvier, par rapport au même mois de l’an dernier.

L’autre bonne nouvelle venue de Suisse concerne les taux de change. En 2016, ils ont été favorables au groupe, avec un gain purement comptable de 19 millions. Insuffisant pour que Nick Hayek cesse de s’en prendre à la force du franc et, accessoirement, à la politique de la Banque nationale suisse. Le groupe rappelle que les taux de change ont généré un manque à gagner de 5 milliards de francs, au cours des cinq dernières années.

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