Innovation

La disruption dans la finance continue

La conférence Finance 2.0 à Zurich était l’occasion de découvrir les nouveautés dans le secteur. Tour d’horizon

A quoi ressemblera la banque de demain? Les innovations des dernières années donnent déjà des idées: elle sera en grande partie sur Internet, ses frais seront plus faibles, elle s’appuiera sur l’intelligence artificielle et le «big data», etc.

Thomas Ruck, responsable d’Accenture Digital en Suisse, imagine surtout une banque ouverte avec des services personnalisés grâce à la technologie et aux données. Les établissements pourront ainsi offrir des «services vivants», a-t-il expliqué la semaine dernière lors de la conférence Finance 2.0 à Zurich. Les banques continueront d’être présentes dans la vie des utilisateurs, mais plus via une carte plastique, plutôt en s’installant à l’intérieur des smartphones de leurs clients.

Interactions entre vendeurs et banques

D’après l’expert, ces changements passeront par une plus grande interaction entre les marques – ou les vendeurs des marques – et les institutions financières. Devant un public de financiers, il s’est imaginé les développements possibles – purement théoriques – de certaines entreprises suisses. Ainsi, Galaxus pourrait analyser les tendances saisonnières des prix des produits et suggérer à ses clients à quel moment acheter meilleur marché.

De même, Jelmoli pourrait envoyer des offres personnalisées sur les smartphones des clients qui entrent dans son magasin, en se basant sur leurs achats antérieurs. Comparis pourrait permettre des achats automatiques en proposant les meilleures offres. Digitec pourrait proposer des crédits, qu’il mettrait aux enchères auprès de plusieurs banques. Kuoni pourrait mettre à disposition un service pour partager des frais de voyage de groupes entre participants, etc.

Ainsi, «les services bancaires deviennent atomisés et au cœur des interactions avec les distributeurs», a poursuivi Thomas Ruck. Pour lui, l’essentiel pour les banques est de se rappeler qu’elles ne sont pas simplement là pour vendre des produits mais que les clients apprécient les services intelligents qui facilitent la vie. Elles peuvent, à ce titre, prendre exemple sur Uber. De véritables nouveautés, à divers stades de concrétisation, ont également été présentées lors de cette conférence.

La fin des frais bancaires

Qualifié de banque «3.0», Revolut risque de secouer le secteur financier: pas de frais, ni pour les cartes de crédit, ni pour la gestion de compte, ni pour les transferts… La start-up a commencé avec un système qui ravit les voyageurs: chaque utilisateur peut avoir quatre comptes, libellés soit en euros, soit en dollars, soit en livres sterling (bientôt en francs et en d’autres monnaies), ce qui permet de transférer de l’un à l’autre sans frais, aux taux interbancaires, et éviter de faire du change.

Prochainement en Suisse, l’application a de grandes ambitions, au-delà de la banque pour les utilisateurs privés. Ces derniers seraient déjà 500 000 et auraient réalisé pour 1,5 milliard de dollars de transactions depuis le lancement, selon la start-up. Basée à Londres, elle travaille également à un service pour les entreprises. Elles sont déjà plus de 8000 à s’être enregistrées, dont Virgin Atlantic, Danone ou Emirates Airlines, a précisé le fondateur, Nikolay Storonsky, lors de sa présentation.

Vingt-quatre pour cent des demandes sont traitées par un chatbot

Fonctionnant sous Android ou iOS, l’application permet aussi d’ouvrir un compte, de commander une carte de crédit (gratuite, pour la première), et la vérification de l’identité n’est obligatoire qu’à partir d’un certain montant par mois. Toujours d’après le fondateur, une grande partie des interactions sont automatisées. «Vingt-quatre pour cent des demandes sont traitées par un chatbot», a-t-il expliqué, ces robots qui discutent avec les utilisateurs.

La société n’est pas à proprement parler une banque, plutôt un porte-monnaie mobile, adossé à Barclays. Tout gratuit, pour toujours? Pas forcément: dans ses conditions d’utilisations, Revolut précise que les tarifs peuvent être modifiés tous les douze mois. Pour l’instant, elle explique qu’elle gagne de l’argent grâce à une ponction sur ce que les commerçants reçoivent des paiements par carte de crédit et, bientôt, grâce aux services aux entreprises.

Quand l’intelligence artificielle fournit des crédits

Pendant longtemps, on savait que l’intelligence artificielle et le «deep learning» seraient utiles. Mais les données manquaient. Ce n’est plus le cas, a expliqué Jonas Muff, responsable du développement commercial de Merantix. Et elles peuvent servir dans l’octroi des crédits. La start-up allemande a ainsi lancé un projet avec la société suisse Intrum Justitia pour mesurer le risque de crédit. «Nous avons réalisé qu’il était possible de prendre de meilleures décisions, à moindres coûts», a-t-il expliqué, ajoutant que la machine refuse 20 à 30% supplémentaires de demandes de crédits, parce qu’elle en sait davantage. «Traditionnellement, on prend les données d’un client et on établit un score de crédit. Désormais, nous pouvons aussi faire des projections sur le risque de défaut.»

L’intelligence artificielle peut également servir dans la gestion de fortune, a défendu Marc Geiger, responsable de produit pour le secteur financier chez IBM en Suisse, venu présenter son concept de «banque cognitive». Avec son programme Watson, le géant de l’informatique estime qu’il est possible de mieux personnaliser les services aux clients: c’est le logiciel qui se charge de la recherche, compare avec le profil de risque du client, alors que le gérant a davantage de temps à disposition pour faire des recommandations et prendre des décisions.

Les crypto-actifs, classe du futur

Ancienne trader de Goldman Sachs, Mona el Isa estime que la classe d’actifs du futur se trouve dans la blockchain et les crypto-monnaies. Sceptique? «Il y a toujours des résistances, jusqu’à ce qu’un pionnier soit capable de démocratiser une classe d’actifs. La dette pourrie, les ETF, les matières premières et même les pays émergents étaient considérés comme non investissables. Alors qu’ils sont désormais en bonne place dans les portefeuilles», assure-t-elle.

Elle a donc cofondé Melonport, à Zurich, qui fournit un logiciel basé sur la blockchain pour la gestion d’actifs, qui est en train d’être testé par des fonds. Chacun peut paramétrer la façon dont le logiciel fonctionne, grâce à des «contrats intelligents» (smart contracts), qui peuvent s’auto-exécuter.

Publicité