Transport

Décapité, Uber cherche de l’aide

Jeff Jones, président de la société de transport depuis sept mois, la quitte pour inadéquation avec ses pratiques sulfureuses. Cofondateur et directeur d’Uber, Travis Kalanick cherche ouvertement de l’aide à l’extérieur de l’entreprise pour rassurer les investisseurs

Le fonds souverain d’Arabie Saoudite, Microsoft, Toyota ou encore Google scrutent de près la situation actuelle à la tête d’Uber. La société de mise en relation entre chauffeurs privés et passagers a perdu, dans la nuit de dimanche à lundi, son président. Cette démission, qui fait suite à plusieurs départs de cadres de haut rang, inquiète des investisseurs dont les injections de capital valorisent Uber à près de 70 milliards de dollars. Un départ du directeur, Travis Kalanick, est désormais évoqué ouvertement par des médias américains.

Moins médiatisé que le directeur, le président d’Uber, Jeff Jones, avait pour mission de stabiliser la société, à son arrivée il y a sept mois. L’homme jouissait d’une excellente réputation: c’est lui qui avait rétabli la notoriété du site de vente en ligne généraliste américain Target, victime d’un vol de coordonnées bancaires en 2014.

Mais Jeff Jones n’aura pas pu améliorer l’image d’Uber. «Il apparaît maintenant clairement que les convictions et l’approche qui ont guidé ma carrière ne correspondent pas avec ce que j’ai vu et expérimenté chez Uber et que je ne peux pas continuer plus longtemps dans mes fonctions comme président des stratégies de partage chez Uber», a affirmé Jeff Jones dans une déclaration publiée par le site spécialisé américain Recode.

Altercation avec un chauffeur

Trop, c’était donc trop. La liste des affaires qui ont secoué Uber ces derniers mois s’est allongée chaque semaine, faisant passer au second plan les stratégies agressives de la société américaine dans certains pays. De manière non exhaustive, il y eut le récit, en février dernier, d’une ancienne employée expliquant comment l’entreprise a fermé les yeux sur le harcèlement sexuel dont elle était victime de la part d’un supérieur. Début mars, un chauffeur d’Uber publiait une vidéo d’une altercation avec son passager, un certain… Travis Kalanick. Alors que le chauffeur se plaignait des conditions de travail, le cofondateur et directeur d’Uber lui assénait: «Certaines personnes ne prennent pas leurs responsabilités quand ils font de la merde. Ils rejettent la faute de tout ce qui leur arrive dans leur vie sur quelqu’un d’autre. Bonne chance!»

Quelques jours après la diffusion de cette vidéo, Travis Kalanick reconnaissait publiquement: «Je dois changer fondamentalement en tant que dirigeant, et grandir. C’est la première fois que je l’admets, j’ai besoin d’aide». Uber s’était mis dans la foulée en quête d’un directeur opérationnel, qui pourrait, selon certaines rumeurs détrôner ensuite l’actuel directeur général.

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Trois milliards perdus en 2016

Ce nouveau responsable devra restaurer l’image de la société, qui avait en plus récemment été écornée par la révélation de l’utilisation d’un logiciel, baptisé «Greyball», pour localiser les forces de l’ordre. Il devra aussi clore un conflit juridique avec Google à propos de brevets liés aux voitures autonomes. Enfin, il aura pour mission, à terme, de faire gagner de l’argent à Uber. Selon une fuite récente – la société ne publie aucun chiffre –, Uber a perdu 3 milliards de dollars en 2016.

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