Analyse

Le retour du golden boy de la finance zurichoise

Rainer-Marc Frey fait partie des milliardaires suisses dont les actions sont immédiatement suivies par d’autres investisseurs. Son entrée dans Leonteq a fait gagner près de 40% au titre en quelques jours. Mais comment fonctionne cet investisseur?

Rainer-Marc Frey, 53 ans, est décidément de retour. En 2010, le magazine Bilanz titrait sur «La fin des golden boys». C’est aussi le moment où l’investisseur déclarait que la finance avait dépassé son sommet et que l’heure de l’industrie avait sonné.

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A partir de cette époque, le fils d’un banquier de Bâle-Campagne a multiplié les succès de placements. Aujourd’hui son entrée dans le capital de Leonteq est l’objet de nombreuses questions. L’action de la plate-forme de dérivés a réagi en gagnant près de 40%. Comme l’investisseur ne commente pas son geste, il appartient aux observateurs de l’interpréter.

Un agenda en trois temps

Le personnage de Rainer-Marc Frey n’est pas aisé à cerner. Commençons par les priorités de son agenda. Il a coutume, selon un portrait dressé par Bilanz, de répartir son temps en trois grandes périodes: un tiers pour ses investissements stratégiques (DKSH, Siegfried, Lonrho), un tiers pour ses transactions financières à court terme, et un tiers pour ses loisirs, en particulier en tant que pilote de son propre Pilatus PC-12, acquis en 2014.

L’homme dont la fortune est estimée entre 1 et 1,5 milliard de francs par Bilanz a fait fortune dans les hedge funds. La vente de son groupe, RMF, au géant des hedge funds britannique Man Group, intervenue en 2002, lui aurait personnellement rapporté 500 millions de francs. L’investisseur a alors créé une nouvelle société d’investissement, Horizon21. A son zénith, l’effectif a atteint 160 personnes, selon la Finanz und Wirtschaft. Mais l’envol n’a pas été durable. Rainer-Marc Frey a dû déchanter, restructurer et assainir la société en 2010.

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L’investisseur fait incontestablement partie de l’establishment. Il a d’ailleurs été membre du conseil d’administration d’UBS de 2008 à 2014. Il est fréquemment accompagné dans ses investissements par Thomas Schmidheiny, par Susanne Klatten, l’héritière de l’empire BMW, ou par Jörg Wolle, l’actuel président de la direction générale de DKSH. Rainer-Marc Frey a déjà gagné plus de 300 millions de francs grâce à son investissement dans cette dernière.

Aussi l’objet de critiques

Les critiques ne manquent pas à l’égard de Rainer-Marc Frey. Finanz und Wirtschaft rappelle qu’il avait vendu un million d’actions UBS en novembre 2008 pour protéger son portefeuille au début de la crise financière, peu de temps après être entré au conseil d’administration de la grande banque. Un acte qu’il qualifie aujourd’hui d’erreur. «S’il a certes été déloyal à l’époque dans cette opération, la décision a été juste sous l’angle financier», note l’hebdomadaire. Effectivement, il a vendu ses titres UBS à 16 francs à l’époque, avant que le cours ne tombe à 9 francs. L’action se traite encore en dessous de 16 francs en ce début de semaine.

Enfin, s’il est actionnaire du conglomérat africain Lonrho et vice-président du conseil d’administration, la société peine à convaincre.

L’investissement de 7,46% dans Leonteq a été réalisé par l’intermédiaire du véhicule d’investissement H21. Le titre de ce spécialiste des dérivés valait 232,90 francs au plus haut en 2015. Il a donc chuté de presque 90% avant de regagner 40%. Leonteq, créé en 2007 et entré en bourse en 2012, vaut 600 millions de francs en bourse lundi. Le fonds activiste Veraison, a jeté l’éponge. Il cherchait à remplacer le directeur général et fondateur Jan Schoch. Las, il a vendu sa participation le mois dernier. Jan Schoch est vivement critiqué, mais c’est aussi un brillant entrepreneur. Il représentait d’ailleurs la Suisse en 2014 au sein d’Ernst & Young World Entrepeneur of the Year.

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L’annonce du rachat de ce paquet d’actions, sans doute racheté au fonds souverain de Singapour, selon Finanz und Wirtschaft, est survenue une semaine avant l’assemblée générale de Leonteq. Cette dernière risque d’être chahutée. La société de services aux investisseurs zRating recommande par exemple de ne pas accepter le rapport de rémunération et de ne pas réélire au conseil d’administration Patrik Gisel, le président de la direction de Raiffeisen au conseil d’administration.

Leonteq sort d’une année horrible. Le bénéfice a chuté des deux tiers sous l’effet d’une dérive des coûts et d’une baisse des revenus. Un déficit n’est pas exclu en 2017. L’expansion de cette jeune entreprise a peut-être été trop rapide. Mais il n’est pas facile d’adapter son modèle et ses structures sur un marché des produits structurés qui ne ressemble plus du tout à l’époque des pionniers. A l’évidence, Raiffeisen et la direction n’y sont pas parvenus. Finanz und Wirtschaft rappelle fort justement que l’expérience de Rainer-Marc Frey a été riche en situations semblables.

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