Horlogerie

En difficulté, Zenith sera pilotée par Julien Tornare

Le Genevois d'origine a passé l'essentiel de sa carrière chez Vacheron Constantin. Il entrera en fonction le 1er mai prochain.

Une éclaircie apparaît dans le ciel nuageux de Zenith: un nouveau patron a été nommé. Julien Tornare, actuel directeur de Vacheron Constantin en Asie, prendra les rênes de la manufacture du Locle (NE) le 1er mai prochain. Jean-Claude Biver, président du pôle horloger du groupe LVMH (Zenith, Hublot, TAG Heuer), a confirmé cette nomination mardi matin au Temps.

«J’ai toujours eu beaucoup d’affection pour Zenith», commence Julien Tornare, contacté mardi. Pour autant, ce dernier dit s’attendre à «quelques années animées». Il faut dire que la marque à l’étoile est actuellement en délicate posture. Problème de leadership, clients déboussolés par des partenariats mal compris, manque de cohérence dans les collections, retours nombreux au service après-vente… Selon des chiffres que Jean-Claude Biver ne confirme pas, Zenith aurait en outre perdu l’an dernier plus de 30 millions de francs pour un chiffre d’affaires de 80 millions. Le précédent directeur Aldo Magada, entré en fonction en 2014, a été remercié ce début d’année.

Tâche «titanesque»

«La tâche sera titanesque», reconnaît Julien Tornare. Mais c’est en partie ce qui l’a séduit, «car Zenith possède une histoire et un capital qui représentent un terrain propice pour construire un beau projet», insiste l’intéressé. Une chose est sûre, travailler directement sous les ordres d’une personnalité telle que Jean-Claude Biver ne sera pas non plus chose facile. «Etre dans son ombre ne m’inquiète pas du tout. Au contraire, travailler avec lui est une chance pour moi et un levier formidable pour la marque.»

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Julien Tornare, père de trois enfants âgé de 45 ans, est un Genevois pure souche dont le profil est résolument commercial. Après des études au bout du lac Léman, il a fait un bref passage au sein de la marque familiale Raymond Weil où il a par exemple contribué à développer les activités en ex-URSS. Par la suite, il a réalisé l’essentiel de sa carrière chez Richemont. Et plus précisément dans la maison Vacheron Constantin, pour laquelle il a travaillé ces dix-sept dernières années. D’abord comme directeur du marché suisse (2000-2004) puis à la tête du marché américain. Selon son profil LinkedIn particulièrement détaillé, il a réussi à y faire progresser les ventes de 300% et les profits de 120% tout en y réduisant les coûts opérationnels de 25%.

Après un bref retour au quartier général genevois de la marque, il s’est ensuite envolé pour Hongkong en 2011, d’où il a piloté les activités asiatiques de la marque bicentenaire jusqu’à aujourd’hui. Sous ses ordres, le nombre d’employés de Vacheron Constantin y est passé de 82 à 200 et le nombre de boutiques en propre, de 3 à 13.

Volonté de passer à autre chose

«Cela aura été dix-sept années fantastiques, mais il était temps pour moi d’aller voir autre chose», explique Julien Tornare. Chez Richemont, certains le voyaient prendre la direction de la marque, ce d’autant que l’emblématique patron Juan-Carlos Torres a laissé sa place en début d’année à son directeur marketing Louis Ferla. Est-ce parce qu’il n’a pas eu la casquette de numéro un que Julien Tornare est parti? «Non. Si l’on m’avait proposé ce poste, je l’aurais certainement considéré, mais je pensais de toute façon passer à autre chose», précise Julien Tornare.

Une ancienne collègue de chez Vacheron Constantin se rappelle de lui comme quelqu’un «qui fait passer la marque pour laquelle il travaille avant lui» tout en faisant preuve «d’un certain franc-parler». Un exemple: à la fin des années 2000, lors d’un séminaire annuel rassemblant les cadres de Vacheron Constantin dans le sud de la France, Julien Tornare devait faire une présentation du marché américain qu’il dirigeait. Il avait commencé en diffusant un petit film qu’il avait tourné lui-même sur les trottoirs new-yorkais. Pour prouver qu’il n’était pas facile de faire des affaires aux Etats-Unis, il demandait aux passants s’ils connaissaient la marque et s’ils savaient comment elle se prononçait, ce qui était rarement le cas. Une pirouette qui sera plus difficile à faire avec Zenith.

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