Conjoncture

L’économie suisse va mieux et ça se voit

Emploi, exportations, investissements… Deux ans après la fin du taux plancher, les signaux de reprise de la croissance s’accumulent. Même si la BNS veille toujours au grain

La Suisse a bel et bien terminé de panser ses plaies. Un peu plus de deux ans après le choc de l’abandon du taux plancher face à l’euro, en janvier 2015, l’économie helvétique envoie de plus en plus de signaux positifs. La reprise s’accélère et l’horizon s’éclaircit, comme l’ont confirmé les indicateurs publiés ces dernières semaines.

Le dernier en date est tombé mardi. Le FMI prévoit une croissance suisse de 1,4% en 2017 et de 1,6% en 2018. Un rebond qui sera «porté par une demande extérieure et intérieure soutenue», résume l’organisation dans son commentaire semestriel.

Emploi

Entre mars 2016 et mars 2017, un peu plus de 3000 personnes sont sorties des statistiques du chômage. Le taux de chômage a baissé à 3,4%, contre 3,6% en février et 3,7% en janvier. Il y a certes un effet saisonnier – le beau temps a favorisé l’activité de construction – mais «les facteurs économiques ont tout de même aidé», a plaidé Boris Zürcher, du Secrétariat d’Etat à l’économie. C’est dans les télécoms et dans l’industrie des machines que l’amélioration est la plus marquée.

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Même le recours au chômage partiel semble décélérer. La tendance n’est pas encore claire mais en janvier 2017 (derniers chiffres disponibles), 541 entreprises l’ont utilisé. C’est 48 de moins qu’un an auparavant. Le nombre d’heures de travail perdues est aussi en recul. En revanche, 550 personnes de plus qu’en janvier 2016 sont concernées.

Exportations

Les économistes du Kof (le centre de recherches conjoncturelles, EPF Zurich) le disent sans détour: «Les solides perspectives pour l’économie suisse sont liées au développement de la zone euro». L’institut zurichois insiste sur la contribution de l’Allemagne, de l’Espagne, des Pays-Bas, mais aussi du Royaume-Uni, dans ce rebond.

Les voisins vont mieux et, du coup, les exportations suisses aussi. Elles ont progressé de 1% en février. Les meilleures performances sont à trouver, comme souvent, du côté de la chimie et de la pharma (+4%), mais aussi du côté des métaux (+10%), des machines et de l’électronique (+3%). La croissance des ventes suisses à l’étranger reste néanmoins freinée par l’horlogerie et la joaillerie.

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Autre signe encourageant pour le cycle en cours: le dernier pointage de Tornos. Exposé aux marchés européens et de plus en plus aux pays asiatiques, le fabricant jurassien de machines-outils ressent toujours les signes précoces de reprise ou de ralentissement. A tel point qu’il peut être considéré comme un indicateur avancé de la propension de clients de l’industrie suisse à s’équiper en nouvelles machines. La semaine dernière, lors de son assemblée générale, le groupe s’est réjoui d’une demande en nette augmentation en début d’année. Le rebond provient surtout de l’industrie automobile, mais Tornos «observe également dans les autres segments de marché une reprise réjouissante» de la demande.

Dépenses

C’est la meilleure de toutes les bonnes nouvelles, selon l’économiste de J. Safra Sarasin, Ursina Kubli: l’inflation est en territoire positif pour le troisième mois consécutif. Les prix ont augmenté de 0,2% en un mois et de 0,6% en une année. Et la Banque nationale suisse (BNS) estime qu’elle va se maintenir à 0,3% en moyenne en 2017. «Le risque déflationniste s’éloigne, développe Ursina Kubli. Cette perspective redonne confiance aux consommateurs et aux entreprises.»

Autrement dit, les dépenses devraient s’accélérer cette année. En 2016 déjà, la consommation des ménages a augmenté de 1,2%. Les dépenses des entreprises en bien d’équipements ont quant à elles progressé de 4,1%.

Changes

Le franc est stable, il perd même un peu de terrain face à l’euro et au dollar. Mais ce n’est pas gratuit. «La BNS est intervenue massivement la semaine dernière», signale Ursina Kubli. Les chiffres publiés mardi laissent penser que la banque centrale a acheté l’équivalent de 3 milliards de francs de devises étrangères, entre le 7 et le 14 avril. L’occasion de rappeler que l’économie suisse doit une partie de son rebond à ce taux plancher qui ne dit plus son nom.

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«La Suisse ne manipule pas sa monnaie»

Le secrétaire d’Etat aux questions financières a défendu la BNS depuis Singapour

Le secrétaire d’Etat aux questions financières internationales au Département fédéral des finances (DFF) a défendu mardi la politique menée par la BNS. «La Suisse ne manipule pas sa monnaie», a affirmé Jörg Gasser à la chaîne CNBC à Singapour.

Il a ajouté ne pas être surpris de voir figurer la Suisse sur la liste des pays soupçonnés par l’administration Trump de manipuler leur monnaie. Des discussions avaient déjà eu lieu à ce sujet avec les services de son prédécesseur Barack Obama. «Le problème n’est en fait pas tant la force du franc, mais plutôt celui de la faiblesse de l’euro, a-t-il ajouté. La politique monétaire européenne se décide à Francfort, du côté de la BCE. Nous devons maintenir notre devise à un niveau qui permette à l’économie suisse de fonctionner.» (ATS)

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