Présidentielle française

Les marchés rejettent Marine Le Pen

Credit Suisse, UBS et d’autres banques suisses excluent l’élection de la candidate du Front national. Elles voteraient un président qui ne met pas en cause la zone euro ou la monnaie unique

A deux jours du premier tour de l’élection présidentielle française, la prudence était de mise sur les marchés financiers. Les bourses européennes et la monnaie unique sont ainsi restées stables jeudi tant l’issue du scrutin apparaît incertain. Quatre candidats, à savoir Marine Le Pen (Front national), Emmanuel Macron (En marche), François Fillon (Les Républicains) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) sont coude-à-coude dans les sondages.

Selon le baromètre du risque du Crédit Suisse, les marchés ne sont pas affectés par la politique. Ils sont plutôt focalisés sur l’embellie conjoncturelle qui se confirme dans la zone euro. «Mais nous nous attendons à ce que l’appétit du risque diminue si Marine Le Pen devait s’affronter à un autre candidat au deuxième tour, explique la banque. Au cas où la candidate du Front national devait l’emporter au final – Credit Suisse calcule la probabilité à 20% – l’aversion au risque deviendra le facteur dominant car les investisseurs craignent des graves conséquences pour l’Europe.»

Le scénario principal de Credit Suisse qui tient compte d’un taux de participation élevée de 80%, des sondages actuels et du fait que des électeurs changent d’avis à la dernière minute, prévoit l’élection d’un candidat réformiste pro-européen.

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Pour UBS, le meilleur scénario serait un deuxième tour entre les deux candidats qui ne sont pas eurosceptiques. «Ce serait bon pour l’euro, mais aussi pour le franc suisse qui est sous pression et tend à s’apprécier», explique Alexandra Bee, chef économiste à UBS. Le scénario du pire, selon lui, serait un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. «Ces deux candidats contestent l’indépendance de la Banque centrale européenne et sont les deux dépensiers, ce que les investisseurs n’aiment pas», poursuit-il. Dans le décompte final, UBS estime la probabilité que Marine Le Pen parvienne à l’Elysée à pas plus de 40%.

Potentiel disruptif

«Le facteur Mélenchon est totalement inattendu dans la course à l’Elysée, explique pour sa part Philippe Uzan, directeur des gestions chez Edmond de Rothschild Asset Management à Paris. La présence de ces deux candidats qu’on peut qualifier d’interventionnistes, a changé la nature de l’élection. Désormais, le potentiel disruptif ne peut être négligé.» Selon lui, les investisseurs non européens prennent ce risque au sérieux. «Ils savent toutefois que la candidate du Front national qui pourrait accéder au deuxième tour, a peu de chance d’être élue, fait-il remarquer. Pour cause, elle n’a pas un énorme potentiel de votes supplémentaires entre les deux tours.»

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Samy Chaar, économiste à la banque privée genevoise Lombard Odier, s’intéresse surtout au sort de la monnaie unique. «Une remise en question de l’euro, deuxième devise la plus utilisée au monde en termes de flux commerciaux et d’épargne, constituerait un risque majeur pour les investisseurs internationaux» a-t-il dit jeudi à l’AFP. Certains experts vont jusqu’à évoquer un «bank run», c’est-à-dire de retraits massifs des banques si la candidate nationaliste devait l’emporter.

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