Commerce de détail

Decathlon «n'a recruté que des vendeurs locaux» 

La politique de prix pratiquée par la chaîne française d’équipements de sport, arrivée sur sol suisse mardi, éveille des soupçons sur le domicile et le niveau de salaire de ses employés. Infondés, répond la directrice du magasin de Marin, Sarah Bernard.

Une anecdote révélatrice? Mardi à Marin Centre, l’un des employés du nouveau magasin Decathlon était dévoué au tri des nombreux clients qui souhaitaient se rendre aux caisses. «Vous voulez payer en espèces ou par carte bleue?», leur demandait-il.

Son vocabulaire traduisait une réalité: il ne travaille pas en Suisse depuis longtemps. «Il faisait partie des six personnes qui sont venues spécialement pour le jour d’ouverture, ce n’est pas un employé du magasin.» Sarah Bernard, la directrice de Decathlon Neuchâtel, répond ainsi aux interrogations – pour ne pas dire aux accusations – nées ces derniers jours, après l’arrivée du géant français de l’équipement sportif en terres neuchâteloises.

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En substance, la réaction de nombreux lecteurs et internautes, depuis la publication de notre article, mardi en fin d’après-midi est la suivante: pour afficher des prix aussi compétitifs, le groupe doit forcément employer des frontaliers sous-payés.

«J’habite à Neuchâtel depuis un mois et demi, et je suis la dernière arrivée», explique Sarah Bernard. «Tous les vendeurs sont des résidents locaux. Cela fait partie de notre stratégie, et cela découle d’une certaine logique: le responsable du rayon pêche doit pouvoir parler avec les clients de ses coins de pêche préférés», illustre-t-elle.

Au-dessus des minima

Autre soupçon: les salaires. «Les congés payés, les prestations sociales et les salaires horaires sont supérieurs aux minima convenus dans la convention collective (CCT) du canton de Neuchâtel», indique la responsable. Dans les magasins qui emploient plus de douze postes équivalents plein-temps, la CCT du commerce de détail prévoit un salaire de 3400 francs (x 13) soit 20,20 francs de l’heure, pour les employés sans formation professionnelle. Pour ceux qui ont trois ans d’expérience ou un CFC en poche, la rémunération minimale est fixée à 3700 francs par mois (22 francs par heure). Enfin, les employés qui ont un CFC et cinq ans d’expérience dans la branche, ou pas de CFC mais dix ans d’expérience, reçoivent un minimum 3850 francs, ou 22,90 francs de l’heure.

Sans être en mesure de livrer un montant précis, Sarah Bernard assure que «nous nous sommes calés sur la réalité du marché local». Elle en veut pour preuve le bref délai qu’il a fallu à Decathlon – dix semaines – pour recruter la quarantaine d’employés qui s’activent depuis mardi dans le centre commercial de Marin.

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Fréquentation «satisfaisante»

Au-delà de la cohue du lever de rideau, mardi matin, la fréquentation du magasin est «satisfaisante», poursuit Sarah Bernard, qui, ici non plus, n’est pas en mesure de donner de chiffres. Elle précise toutefois que l’un des grands succès des deux premiers jours d’ouverture sont les linges de bain en microfibre, vendus un peu plus de 7 francs.

Un produit d’appel qui, le jour de notre visite, mardi, avait donné lieu à un échange au sein d’un couple. «Tu as vu? Ce n’est vraiment pas cher!», avait noté Monsieur. Sa moitié lui avait répondu que «nous en avons déjà deux, ça nous suffit». «Prends en un troisième, on ne sait jamais, c’est tellement bon marché», avait-il insisté. Après une brève hésitation, la cliente avait glissé un linge de bain de son panier. Anecdotique, mais révélateur de la stratégie de prix pratiquée par Decathlon en Suisse et dans le monde entier.

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