Au lendemain de l’officialisation de la fusion des rédactions du Matin et de 20 minutes, Tamedia a annoncé ce mercredi le regroupement de ses autres journalistes en Suisse romande.

Les principales rubriques de 24 heures, de la Tribune de Genève et du Matin Dimanche vont être fusionnées à partir du 1er janvier 2018. Cette concentration, partie du programme d’économies que Tamedia a baptisé «Projet 2020», mènera à la production d’articles supra-régionaux pour les rubriques Suisse, Monde, Economie et Sport.

«Une révolution culturelle»

Elle donnera naissance à une rédaction commune à Lausanne. De fait, une grande partie de la rédaction de la Tribune de Genève sera déplacée dans la capitale vaudoise. Comme en 2016, lorsque Ringier (éditeur du Temps) avait regroupé l’essentiel de ses troupes à Lausanne, les autorités genevoises ont réagi à cette annonce, mercredi.

Ariane Dayer, actuelle rédactrice en chef du Matin Dimanche, conserve son poste et sera également la responsable de la nouvelle entité qui comprendra environ 50 postes en équivalent plein-temps (EPT), a annoncé mercredi Tamedia dans un communiqué. «C’est une grosse réforme, une révolution culturelle», a résumé Ariane Dayer, interrogée par l’ATS.

«Elle est la bonne personne, la plus pertinente, pour diriger ce qui s’annonce comme une entité difficile à piloter», commente un responsable du secteur des médias qui souhaite conserver l’anonymat. «D’un point de vue stratégique, ce que Tamedia fait est juste, observe-t-il également. Les deux journaux [24 Heures et la Tribune de Genève, ndlr] vont beaucoup se ressembler, mais c’est déjà le cas actuellement. Sauf qu’à l’avenir, cela leur coûtera moins cher de les produire».

Dans sa communication, la direction de Tamedia insiste sur le maintien d’une certaine autonomie éditoriale pour chaque titre. Chacun d’entre eux conservera une rédaction en chef qui lui sera propre. Dans les faits, considère-t-on à l’interne, cela concerne surtout les rubriques locales et culturelles.

Pas de licenciements en 2017

Aucune suppression d’emplois n’est prévue pour 2017. Mais Tamedia, qui, en Suisse romande, s’est séparé d’une trentaine de collaborateurs l’automne dernier, laisse la porte ouverte à des licenciements en 2018. Le groupe écrit qu’«en raison de la baisse des recettes publicitaires ces prochaines années, nous ne serons plus en mesure de repourvoir tous les postes libérés dans le cadre des fluctuations naturelles».

Sous couvert d’anonymat, un employé du groupe pronostique une saignée imminente: «Etant donné les économies que l’on est censé réaliser, je vois mal comment on pourrait se contenter de se regrouper, et éviter de réduire la masse salariale».

Dans les autres titres romands de Tamedia, les effectifs vont se réduire. Mardi, Tamedia avait annoncé la fusion des rédactions du Matin et du journal gratuit 20 minutes. Un regroupement qui donnera naissance à une rédaction commune de plus d’une centaine de personnes, mais qui mène aussi à la suppression de six postes de travail à Lausanne, dont quatre de journalistes. De l’avis de certains observateurs, cette concentration offre surtout un sursis au Matin, déficitaire depuis une vingtaine d’années.

A ce sujet: Les rédactions du «Matin» et de «20 minutes» fusionnent

Pour l’heure, la réorganisation annoncée mercredi ne concerne que les journalistes. Mais un regroupement de la production (mise en page, photo, correction) est également envisagé, comme en Suisse alémanique, où le projet est plus avancé.


Déraciner la «Julie», une mesure dangereuse selon les politiques

Tamedia relocalise une partie des effectifs de La Tribune de Genève dans le canton de Vaud. Une concentration de la presse qui fait craindre le pire aux élus genevois

Tamedia a annoncé mercredi la fusion de ses rédactions locales. Des journalistes de La Tribune de Genève vont être transférés à Lausanne. Réactions politiques au bout du Léman.

«C’est un appauvrissement du métier et de l’envie des jeunes à s’y lancer. Ces regroupements sont un danger pour la démocratie. Lorsque je lis qu’il n’y aura pas de suppression de poste, je n’y crois absolument pas», estime Sandrine Salerno, conseillère administrative de la ville de Genève.

Le canton va parler à l’éditeur

La nouvelle préoccupe également François Longchamp. «L’homogénéisation des contenus n’est pas un très bon signe», estime le président du Conseil d’Etat.

L’élu PLR avait rencontré, avec le gouvernement vaudois, la direction de Tamedia à la fin du printemps. «Il nous avait été donné comme garantie que la substance, notamment de la «Julie», ne serait pas touchée, et qu’elle serait au contraire maintenue, pour ne pas dire développée. Nous avions convenu de nous revoir prochainement; on va probablement activer ce rendez-vous», annonce-t-il.

Et François Longchamp de relever: «Est-ce la chronique d’une mort annoncée? On voit que les éléments qui avaient été fixés ce printemps ont déjà été dépassés», déplore-t-il.

Situation tendue

Au niveau de la rubrique économique la situation est clairement inquiétante, selon François Longchamp. «La diversité de ce tissu doit continuer à être couverte et Lausanne n’est qu’une partie du pôle romand. Les plus grosses entreprises, Nestlé mis à part, sont quand même à Genève», souligne-t-il.

Que répond Tamedia? Son responsable de la communication dit être conscient de l’aspect «politiquement sensible» de la situation. Mais il assure que «l’ancrage de la Tribune de Genève est et restera dans le canton». Contactés d’autres élus de l’exécutif de la Ville et du canton n’ont pas réagi.