Economie

En 2018, la convalescence grecque va se poursuivre

Le retour de la Grèce sur les marchés financiers aura bien lieu en 2018. Mais, malgré la reprise économique et l’excédent budgétaire actuel, les Grecs n’ont toujours pas repris confiance

Pour les banques grecques, son nom est une provocation. Ancienne présidente du parlement hellénique, dissidente du parti de gauche au pouvoir Syriza qu’elle a quitté avec fracas, l’ex-députée et avocate Zoé Konstantopoulou a promis de poursuivre en 2018 sa mission de sabotage des ventes de biens saisis par les établissements bancaires.

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Quinze mille maisons, appartements ou commerces dont les propriétaires grecs ne peuvent plus acquitter les crédits sont supposés être «soldés» l’an prochain par les quatre premières institutions financières: la Banque nationale de Grèce, Piraeus Bank, Alpha Bank et Eurobank. Problème: chacune des ventes organisées a jusque-là avorté. Mobilisés par le mouvement «No Pay» de Zoé Konstantopoulou – qui défend depuis le début de la crise l’idée que la dette publique grecque (plus de 300 milliards d’euros, soit 180% de son PIB) est illégale et ne doit pas être remboursée – des militants entravent les enchères. Les autorités, tout en promettant de ramener l’ordre, se sont pour l’heure gardées d’intervenir. Un climat délétère empoisonné, côté politique, par de possibles législatives anticipées en 2018.

Fin du programme d’assistance européen

Difficile, dans pareil contexte, de parier sur un retour serein des investisseurs en Grèce alors que celle-ci retrouvera pourtant, en 2018, le chemin des marchés financiers et que ses indicateurs macroéconomiques sont probants. C’est en août que doit prendre fin le troisième programme d’assistance mis en place par la zone euro depuis le début de la crise grecque, en 2008-2009. Portant sur 86 milliards d’euros de prêts émanant du Mécanisme européen de stabilité (MES) basé à Luxembourg, cette facilité de paiements suivait celles octroyées en 2010 (110 milliards) puis en 2012 (100 milliards, accompagnée de l’effacement de 50% de la dette publique détenue par des créanciers privés).

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Après le succès d’une émission test d’obligations à 5 ans en juillet 2017, la Grèce sollicitera donc les marchés dès janvier, mettant en avant sa prévision de taux de croissance de 2,4% pour 2018 et un excédent budgétaire primaire de 3,57% du PIB. Mais derrière ces statistiques saluées par la zone euro, la machine économique hellénique reste très poussive: «Le gouvernement actuel et le premier ministre, Alexis Tsipras, ont fait voter les mesures requises par Bruxelles contraints et forcés. En théorie, la Grèce est sur de nouveaux rails. Mais comment faire avancer ce train si la locomotive, les wagons restent tous abîmés, et si le conducteur renâcle?» interroge l’analyste Plamen Tonchev, auteur d’un rapport sur l’importance des investissements chinois dans le pays (www.idos.gr) suivis de près par Bruxelles.

Des retards dans les privatisations

L’équation grecque reste très compliquée, après dix ans d’une crise que la zone euro juge aujourd’hui derrière elle, au vu des 2,3% de croissance prévus dans l’UE en 2018, et des bons résultats macroéconomiques affichés par Athènes. Le secteur privé redresse peu à peu la tête. Les restructurations massives du service public ont obligé de nombreux Grecs à démarrer de nouvelles activités. Les records de recettes touristiques (13 milliards d’euros pour 2017 pour 30 millions de visiteurs, soit 13% de plus qu’en 2016) sont au rendez-vous. A l’inverse, la machine étatique demeure grippée. Les réformes structurelles sont enlisées. Et la dette publique toujours insoutenable, comme l’a plusieurs fois répété le Fonds monétaire international.

Exemples de ces résultats ambigus: la vente, en 2016, au chinois Cosco d’une partie du port de containers du Pirée, ou celle de 14 aéroports de province au groupe allemand Fraport cachent d’importants retards sur le calendrier des privatisations négocié avec l’UE. Les investissements internationaux ont été au plus haut en 2016 depuis dix ans mais les nouveaux impôts se heurtent à la persistance de l’économie au «noir». Les retraits bancaires restent limités à 800 euros toutes les deux semaines. Les rapatriements de capitaux «évadés» à l’étranger demeurent un mirage.

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Le gouvernement de gauche d’Alexis Tsipras, dans ce contexte, a vu sa popularité s’effondrer. Tandis que la casse sociale provoquée par l’amputation massive des retraites et de l’assurance maladie depuis 2010 continue de doper les scores du parti d’extrême droite Aube dorée, prompt à surfer sur la crise des migrants. La moitié des retraités grecs vivent aujourd’hui au-dessous du seuil de pauvreté. Les jeunes diplômés ne voient plus d’avenir que dans le départ à l’étranger. «Dix ans après, le patient grec a survécu à la chirurgie, juge un diplomate. Mais les docteurs se disputent toujours sur le remède et une partie de lui-même rejette les médicaments.» La convalescence grecque va se poursuivre en 2018.

Dossier La reprise économique en Europe après dix ans de crise

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