Cryptochronique

2018: Crypto-WEF, Mega-ICO et le nouveau «Kodak moment»

Cette année, la blockchain fera son entrée officielle dans les entreprises traditionnelles, y compris celles qui avaient raté de précédentes révolutions technologiques

Comme chaque début d’année, nous avons assisté cette semaine à une forte correction des prix des cryptomonnaies, beaucoup d’entre elles ayant perdu de 20 à 50% dans la seule nuit de mardi à mercredi, avant de se rétablir partiellement, occasionnant quelques frayeurs pour les nouveaux investisseurs, mais aussi des opportunités d’achat pour les traders plus expérimentés.

Quelques-uns d’entre eux, accompagnés de vétérans de la finance et de l’industrie ainsi que d’une série d’entrepreneurs blockchain triés sur le volet, se sont réunis pendant trois jours à Saint-Moritz pour la première édition de la Crypto Finance Conference, surnommée Crypto-WEF du fait de sa proximité temporelle et géographique avec le World Economic Forum.

«Blockchain nation»

Après une partie officielle ouverte par Johann Schneider-Ammann, qui a communiqué sa volonté de faire de la Suisse une «blockchain nation», la conférence était l’occasion de prendre du recul pour passer les derniers mois en revue et réfléchir au développement de l’écosystème pour l’année à venir. Quelques trends semblent se dégager, aussi bien pour les investissements privés qu’en matière d’infrastructures techniques décentralisées.

En 2017, plus de 4 milliards de dollars ont été investis dans des projets tokenisés dans le monde. Il y a encore six mois, il semblait qu’une présentation PowerPoint remplie de buzzwords suffisait pour lever 20 ou 30 millions en quelques heures. Aujourd’hui, les levées de fonds n’ont pas diminué, mais les investisseurs sont mieux éduqués et leurs critères d’analyse se rapprochent de plus en plus de ceux utilisés par les capital-risqueurs traditionnels: track-record des fondateurs, qualité du produit, structure de l’entreprise, positionnement par rapport à la concurrence.

La question centrale à laquelle les candidats à l’ICO doivent répondre: pourquoi un nouveau token est-il nécessaire? Ne serait-il pas possible d’obtenir le même effet avec des bitcoins ou des ethers? Les projets qui ne fournissent pas de réponse convaincante ne seront plus à même de lever de l’argent, et les tokens déjà émis mais qui sont dépourvus de bons fondamentaux vont considérablement perdre en valeur au cours des prochains mois.

Méga-ICO

L’année 2018 sera également celle des méga-ICO. Le système de messagerie Telegram vient par exemple d’annoncer une levée de fonds de 1,2 milliard à travers le lancement du GRAM token, qui permettra à ses 200 millions d’utilisateurs de bénéficier de fonctionnalités de paiement peer-to-peer. La rumeur dit que Facebook étudie également sérieusement cette voie.

Mais plus que tout, 2018 verra la blockchain faire son entrée officielle dans les entreprises traditionnelles. Tout comme il y a vingt ans, elles débattaient de l’opportunité de créer un site internet, elles cherchent à présent à comprendre comment la blockchain va transformer leur modèle d’affaires. Après une vague de prototypes, les premières applications live ne sont plus très loin. Un exemple intéressant est présenté par Kodak, qui porte encore les stigmates de son échec à prendre le train de la digitalisation.

L'échec, puissant catalyseur

En considérant sa propre invention – l’appareil photo numérique – comme un danger pour son business existant, l’entreprise a pris la route de la faillite, voyant le prix de son action fondre de 93 dollars en 1997 à 36 cents en 2011, alors que ses effectifs sont passés de 150 000 à 6000 collaborateurs. Ce lent déclin vers l’obsolescence est enseigné dans les business schools sous le nom de «Kodak moment», faisant référence à une publicité de la marque.

Mais cet échec est aussi un puissant catalyseur: ne voulant pas rater la nouvelle vague d’innovation apportée par la blockchain, Kodak vient de lancer une ICO visant à financer la création d’un service de gestion des droits d’image tokenisé, ayant pour effet de faire doubler son prix par action. Il reste à voir comment ce projet se développera – parlera-t-on bientôt du «second Kodak moment» pour illustrer la promptitude d’un acteur traditionnel à adopter les nouvelles technologies?

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