Conjoncture

En 2018, l’Italie devra rassurer puis convaincre

Soutenue par ses exportations, la Péninsule envoie des signaux positifs depuis plusieurs mois. Mais les observateurs continuent de pointer ses faiblesses en termes d’emploi, de compétitivité et d’adhésion à la monnaie unique

C’était un acte politique. Important et symbolique. Samedi, à la veille du réveillon de Noël, le Sénat italien a approuvé le budget 2018. Ce vote sera probablement le dernier de la législature en cours. Il ouvre la voie à la dissolution du parlement et à l’organisation d’élections en mars prochain.

Dans l’esprit du gouvernement, ce budget a deux objectifs: consolider la croissance économique et diminuer la dette publique. A plus de 130% du PIB, elle reste l’une des plus élevées de la zone euro.

A l’issue du vote, le chef du gouvernement, Paolo Gentiloni, l’a considéré comme «un coup de pouce à la croissance […]. L’Italie mérite la confiance.» De la confiance, l’Italie en a bien besoin, au sortir d’une année durant laquelle elle a dû porter secours à un système bancaire au bord de l’explosion. Sa situation s’améliore mais la Péninsule peine toujours à convaincre autour d’elle. Sa convalescence est bien réelle mais elle souffre de la comparaison avec celle de l’Espagne ou du Portugal, par exemple.

Bonnes nouvelles en série

Pourtant, les signes d’amélioration de la conjoncture se multiplient ces derniers mois. Après être sortie en 2014 de sa plus longue période de récession depuis la Seconde Guerre mondiale, la troisième économie de la zone euro va mieux. Son produit intérieur brut (PIB) a progressé au cours des 13 derniers trimestres.

Vendredi dernier, l’indice de confiance des consommateurs est ressorti à son plus haut depuis presque deux ans, à 116,6 points. L’indice de confiance du secteur industriel est, lui, resté stable à 110,5 points. Ces deux indicateurs ont surpassé les attentes des analystes. La production industrielle et les chiffres de l’emploi sont eux aussi en amélioration. Le chômage est descendu à presque 11% et celui des jeunes baisse également, même s’il demeure à un niveau de 34,7%, selon les données d’octobre.

Mais c’est avec l’arrivée de l’automne que la réputation de lanterne rouge de l’Italie s’est atténuée. Le gouvernement, l’Institut national de statistique, la Commission européenne et le Fonds monétaire international (FMI) ont tous relevé leur prévision de croissance pour la Péninsule. Les pronostics varient, mais ils flirtent avec un taux de 1,5% pour l’an prochain. Fin octobre, Standard & Poor’s a même relevé, pour la première fois depuis plus de trente ans, la note attribuée à la dette publique italienne.

La production reste trop chère

Cela n’empêche pas le pays de rester sous l’étroite surveillance de l’UE. En dépit de plans de sauvetage, cet été, la faiblesse de son système bancaire continue d’inquiéter. Les instances internationales, y compris ses créanciers, critiquent aussi régulièrement le manque d’efficacité du secteur public et du système judiciaire.

Le rythme de croissance de l’Italie reste par ailleurs l’un des plus faibles de la zone euro. A l’intérieur comme à l’extérieur du pays, on prévient: le rebond des exportations et de la confiance doit beaucoup à la reprise du commerce international. Mais cette reprise ne doit pas faire oublier que le chômage reste massif et que des milliers de PME souffrent toujours d’un déficit de compétitivité.

Pour le FMI, le coût unitaire de production italien, plus élevé que celui des voisins allemands, français ou espagnols, est même l’un des principaux défis auxquels le pays doit faire face. Cette cherté a gravement affecté la création d’emploi, l’investissement et la production, considère le FMI.

Les entreprises ont bien bénéficié, sous le gouvernement de Matteo Renzi, d’incitations fiscales pour les aider à investir dans de nouveaux équipements. «Ces mesures semblent avoir un effet, observe Simona Ricci, une responsable de l’organisation syndicale CGIL, interrogée par le Financial Times. Mais je ne suis pas sûre qu’elles suffisent à créer des nouveaux emplois dans les petites structures qui ont réussi à survivre à la crise.»

Le grand risque de 2018

Jeudi matin, lors de son allocution de fin d’année, Paolo Gentiloni va dresser le bilan de son gouvernement. Dans la foulée, la dissolution de ce dernier devrait être signée.

Prochaine étape, les législatives de mars. Avec une perspective qui ne réjouit pas les observateurs économiques: le Mouvement 5 étoiles, fondé par l’humoriste Beppe Grillo, est en tête des sondages sur les intentions de vote. Même si les partis de droite ne devraient pas obtenir de majorité absolue, on craint un regain d’euroscepticisme dans le paysage politique transalpin.

Pour Franck Dixmier, expert d'Allianz Global Investors, c’est déjà une certitude: en Europe, le degré d’adhésion des Italiens à la monnaie unique s’érige comme le principal risque de 2018.

Dossier
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