Emploi

En 2018, un licencié sur trois avait plus de 50 ans

Les secteurs bancaire et pharmaceutique apparaissent en pleine restructuration alors que la pression a diminué sur l’industrie, selon une étude. Les seniors mettent jusqu’à deux fois plus de temps pour retrouver un emploi

Un tiers des licenciements a touché un salarié de plus de 50 ans en 2018. C’est l’un des enseignements du baromètre annuel du cabinet von Rundstedt, spécialiste de l’outplacement (reclassement externe), publié jeudi. Près de la moitié des 182 entreprises sondées évoquent des restructurations ou des fusions et acquisitions pour justifier les licenciements.

Si la pression semble avoir diminué sur l’industrie manufacturière, qui «a fait ces ajustements en 2015 lors de la crise du franc fort», la finance et la pharma apparaissent en plein bouleversement, résume Anne Dagier-Joncour, directrice de la filiale romande de von Rundstedt (huit bureaux en Suisse). «Les motifs de licenciements évoqués sont davantage structurels qu’économiques, analyse-t-elle. Des métiers disparaissent, les sociétés cherchent à acquérir d’autres compétences.»

Lire aussi: Les seniors, ces mal-aimés du marché du travail

Près de sept mois de chômage

Avec de néfastes conséquences pour les emplois des salariés dits seniors (plus de 50 ans), surreprésentés dans l’échantillon de 1450 licenciés analysés par le cabinet. Ce sont également eux qui sont le plus exposés au chômage de longue durée. Après leur licenciement, la durée moyenne de recherche d’emploi est de 6,8 mois, alors qu’elle est de 5,3 mois pour leurs cadets.

Un différentiel qu’Anne Dagier-Joncour attribue principalement à une «variance statistique beaucoup plus élevée» chez les seniors. Comprenez: cette catégorie masque des niveaux d’employabilité très différents. Par exemple entre des archivistes dont le métier est en voie de disparition et des informaticiens qui s’étaient formés, avant leur licenciement, à l’intelligence artificielle ou au cloud, selon la spécialiste de l’accompagnement professionnel.

Car l’étude est aussi un manifeste en faveur de la formation continue. «On en revient toujours à l’agilité. Alors que les entreprises ont beaucoup coupé dans leurs formations internes, il revient aux employés de se prendre en charge et de puiser dans leurs fonds pour financer leur formation.»

Lire également: La descente aux enfers d’un cadre senior

Le risque de sortir du système

Démographie aidant, les seniors sont pourtant de plus en plus représentés sur le marché du travail. Avec un taux d’activité de 80,7%, leur participation est «parmi les plus fortes en comparaison internationale», constate le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Depuis le début des années nonante, leur taux de chômage se situe durablement sous le taux global (2,8% contre 3,2% en 2017).

Les plus de 50 ans sont en revanche «touchés par le chômage de longue durée de manière surproportionnelle», admet le Seco. Les statistiques fédérales sont d’ailleurs plus implacables que celles de von Rundstedt. Les seniors mettent 1,5 fois plus de temps à retrouver un emploi qu’un salarié lambda, deux fois plus qu’un jeune âgé de 15 à 24 ans. Entre 2011 et 2017, le taux de quinquagénaires passant à l’aide social a augmenté de 28%, selon l’Office fédéral de la statistique.

La stagnation des salaires, critiquée par la faîtière des employés Travail.Suisse, se confirme aussi dans l’étude de von Rundstedt. Si les moins de 30 ans ont vu leurs revenus augmenter de 9% par rapport à 2017, ceux des quadragénaires ont reculé de 2% et ceux des plus de 50 ans de 12%. De mornes perspectives pour la relance de la consommation interne.

Publicité