Contre toute attente, les émissions globales de CO2 se sont stabilisées en 2019, a annoncé mardi l’Agence internationale de l’énergie (AIE). L’organisation indique que 33,3 gigatonnes (ou 33 300 000 000 tonnes) de dioxyde de carbone ont été émises l’an dernier par le secteur énergétique, comme en 2018. Ce secteur, qui comprend les transports, l’industrie, le chauffage et la climatisation mais pas l’agriculture et les incendies, est responsable de 80% des émissions mondiales.

Le Financial Times qualifie cette stabilisation de «surprise bienvenue», alors que les émissions grimpent depuis des décennies (sauf en 2009, 2015 et 2016), que plusieurs études anticipaient une nouvelle hausse et que le PIB mondial a crû de 2,9% l’an dernier. En 2009, le secteur avait craché 28,7 gigatonnes de dioxyde de carbone et en 1999 on en était à 22,4, selon l’AIE. Le CO2 est le gaz qui contribue le plus à l’effet de serre, la principale source du réchauffement climatique.

Cette stabilisation est due à un usage accru des énergies renouvelables et nucléaires dans les «économies avancées» (dont les pays de l’Union européenne, d’Amérique du Nord, la Suisse, le Japon et la Corée mais pas la Chine), qui prennent leur distance vis-à-vis du charbon. Des températures plus douces et une croissance économique plus terne dans certains marchés émergents expliquent aussi la tendance, selon l’AIE.

«L’humanité est toujours en route pour l’enfer»

Le pays qui enregistre la plus forte baisse? Les Etats-Unis avec 140 millions de tonnes de CO2 en moins (-2,9%). La nation de Donald Trump a émis près de 1 gigatonne de dioxyde de carbone en moins qu’en 2000. Dans l’Union européenne, les émissions ont chuté de 5% – ou 160 millions de tonnes – et au Japon de 45 millions de tonnes (-4%). Les émissions de CO2 des économies avancées renouent avec leur niveau de la fin des années 1980, selon l’AIE. Dans le reste du monde par contre, elles ont encore augmenté, de 400 millions de tonnes, surtout en Asie où les centrales de charbon sont toujours plus nombreuses.

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Les avis sont contrastés au sein de l’AIE. «Nous devons faire en sorte que 2019 reste dans les mémoires comme le pic définitif des émissions globales, et non comme une pause dans leur croissance», indique son directeur, Fatih Birol, dans un communiqué. «C’est une source d’optimisme, nous pouvons relever le défi climatique cette décennie, faire bouger le curseur des émissions via des politiques et des investissements plus ambitieux», dit-il. «L’humanité est toujours en route pour l’enfer, mais nous avons levé le pied de l’accélérateur», nuance par contre dans Les Echos Laszlo Varro, chef économiste de l’AIE.

Jeudi, l’agence a indiqué que la demande mondiale en pétrole devrait baisser au premier trimestre de 2020 à cause du coronavirus, ce qui serait une première depuis la crise financière de 2009.