Conjoncture

En 2019, l’économie suisse baignera dans le pessimisme mondial

Les instituts d’analyse revoient leurs perspectives à la baisse. Le ralentissement de l’économie mondiale n’épargne pas la croissance helvétique. Mais les analystes évoquent une «normalisation» après un rythme insoutenable en 2018

Il faudra se faire à la nouvelle normalité de l’économie suisse. Le Centre d’études conjoncturelles KOF de l’EPFZ a abaissé vendredi son baromètre de confiance pour le début 2019. Un mouvement à la baisse, la troisième consécutive, qui suit les prévisions du Secrétariat d’Etat à l’économie il y a dix jours quant au «fléchissement» de la croissance du PIB en 2019: 1,5%, alors que les prévisions de septembre tablaient sur 2%.

En décembre, le baromètre conjoncturel du KOF s’est établi à 96,3 points, cédant 2,6 points par rapport à novembre. Soit son plus bas niveau depuis 2015 et la crise du franc fort. Cette évolution est principalement liée aux craintes sur les carnets de commandes de l’industrie manufacturière, principalement l’industrie de transformation (métallurgie) et le bâtiment.

Contrecoup allemand

Très ouverte, l’économie helvétique a notamment souffert du recul de l’industrie automobile allemande, qui avait plongé le principal partenaire commercial de la Suisse en récession lors du trimestre d’automne (-0,2%). Un «problème» qui ne devrait être que «temporaire», nuance-t-on du côté du KOF après avoir émis un communiqué tout en pessimisme, mêlant facteurs conjoncturels et structurels (ralentissement de la production et diminution de la population active). Même le secteur financier et la consommation privée émettent des signaux «légèrement négatifs», selon le KOF.

Economiste chez Lombard Odier, Samy Chaar y voit davantage le reflet d’une «dégradation de la confiance dans l’avenir que des craintes pour l’activité globale». En juin 2018, le PIB helvétique a atteint un pic de 3,5% (en rythme annuel), avant de retomber à 2,4%. Soit encore au-delà de sa vitesse de croisière depuis la dernière crise économique: 1,8% de croissance moyenne annuelle depuis 2010.

«La Suisse vient d’un niveau de croissance élevé, rappelle l’analyste. Les taux se normalisent. Un baromètre KOF à 110 (en décembre 2017, ndlr) reflétait un niveau de croissance insoutenable à moyen terme, porté par les résidus de stimulus européens et l’espoir d’un surplus d’activité aux Etats-Unis.»

La normalité des pays développés

Une époque révolue à l’heure du relèvement des taux par les banques centrales et des guerres commerciales entre la Chine et les Etats-Unis, qui menacent le dynamisme des échanges mondiaux. De mauvaises nouvelles en perspective pour l’industrie exportatrice helvétique.

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En Suisse, les analystes misent pourtant sur une croissance située entre 1,6 et 2% pour 2019, en fonction de l’évolution des relations sino-américaines. De quoi maintenir de toute façon le plein-emploi et assurer un niveau de vie élevé, selon Samy Chaar.

L’économiste déplore le pessimisme ambiant qui règne malgré tout dans la plupart des pays développés. «La normalité, ce sont ces niveaux de croissance faibles entre 1 et 2%. Les Trente Glorieuses ne reviendront pas et ce n’est pas une révolution politique qui ramènera durablement des taux à 3 ou 4%.» A l’image des stimulus fiscaux octroyés par l’administration Trump. Ils ne devraient pas empêcher la croissance américaine de ralentir en 2019 pour retrouver son niveau d’il y a deux ans, à 2,3%.

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