Prévisions

En 2019, l'économie suisse pourrait s'essouffler

Le brusque coup de froid sur la croissance helvétique révèle une économie en fin de cycle. Les années à venir s’annoncent difficiles, avertit l’économiste Cédric Tille, qui n’exclut pas une nouvelle crise

Quels seront les principaux enjeux de cette année économique? Nous faisons le point à travers une série d'articles.

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Il n’y a plus de marge de manœuvre. L’économie s’essouffle, les prévisionnistes de la Confédération ont nettement abaissé leurs pronostics, tablant désormais sur une croissance de 1,5% pour l’an prochain, contre 2% cet automne. Et rien ne laisse espérer une embellie.

Sur la scène internationale, le contexte commercial demeure tendu, doublé d’incertitudes politiques croissantes – Brexit, fin de l’ère Merkel en Allemagne, désaccords sur le déficit italien. «Il existe des outils pour pallier ces difficultés, mais ils ont déjà largement été mis à contribution», analyse Cédric Tille, professeur d’économie à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève. Il se réfère notamment aux politiques monétaires accommodantes des banques centrales – taux négatifs, injection de liquidités. «Elles n’ont pas encore digéré la précédente crise et ne sont donc pas dans leur meilleure disposition pour affronter une nouvelle crise.»

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Ces difficultés sont susceptibles de faire pression sur les devises, renforçant le franc et affectant des branches exportatrices déjà éprouvées. Cette pression sur les marges freine la demande intérieure, puisqu’elle épuise la marge de manœuvre des entreprises sur l’embauche, ainsi que sur les salaires: «Ceux-ci vont stagner, ce d’autant plus qu’ils ont augmenté ces dix dernières années, observe Cédric Tille, plus fortement que la productivité.»

Productivité atone

L’économiste pointe en effet une faiblesse persistante de la productivité helvétique, «un problème de fond dont on ne parvient pas à comprendre clairement les raisons». Que dit cet indicateur? «Que l’efficience de l’économie helvétique stagne», répond Cédric Tille. Il dresse un parallèle entre l’économie et l’entreprise: elle peut croître de trois manières, en embauchant davantage de travailleurs, en utilisant plus de capital ou en faisant un meilleur usage des travailleurs et du capital dont elle dispose.

C’est ce dernier cas de figure qui représente «la meilleure source de croissance possible, car c’est elle qui conduit à une augmentation du niveau de vie des ménages» – l’économie produit plus pour une quantité donnée de travail, ce qui permet de consommer plus, ou de travailler moins. Or cette productivité multifactorielle n’augmente plus depuis 2007 et pèse sur le PIB par habitant. De quoi raviver les craintes d’une récession, avertit l’économiste.

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