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Dès 2020, Swatch Group sera libre de choisir les clients pour ses mouvements mécaniques

La Comco et le numéro un mondial ont trouvé un accord pour les calibres mécaniques. La guerre des assortiments, surtout les spiraux, va, elle, aller crescendo

Swatch Group sera libre de choisir les clients pour ses mouvements

Horlogerie La Comco et le numéro un mondial ont trouvé un accord sur les calibres mécaniques

La guerre autour des assortiments va aller crescendo

Les clients de composants horlogers de Swatch Group gagnent un peu de temps, même s’il presse, et beaucoup en prévisibilité. La Commission de la concurrence (Comco) a en effet donné le feu vert vendredi à une réduction échelonnée des livraisons de mouvements mécaniques du numéro un mondial de l’horlogerie. Les deux parties ont trouvé un terrain d’entente et ont élaboré un calendrier précis, après un premier refus cet été. Principale décision: Swatch Group pourra dès 2020 choisir qui il entend livrer. Les marques tierces, celles qui n’auront pas obtenu les faveurs du groupe biennois, devront donc apprendre à ­vivre sans les fameux mouvements ETA. C’est une – première – page de l’histoire horlogère, celle du «supermarché» tant vilipendé par ­Nicolas Hayek, qui se tourne.

Les réactions ne se sont pas fait attendre et elles sont forcément contrastées. Du côté de Swatch Group, deux sentiments prédo­minent. «Nous ne sommes pas entièrement satisfaits. Nous aurions voulu aller plus vite dans la diminution des livraisons. Cela dit, c’est une bonne nouvelle pour l’ensemble de l’industrie. Nos clients doivent désormais comprendre qu’il est impératif d’investir dans leurs propres capacités. Toute la branche va en profiter», a indiqué au Temps Nick Hayek, patron du leader mondial.

«Au moins, il existe désormais un planning clair. Mais, fondamentalement, c’est très avantageux pour Swatch Group, puisque ses concurrents obtiendront de moins en moins de mouvements», explique Frédéric Wenger, patron de la société La Joux-Perret. Un avis partagé par un analyste de la ­banque Bellevue, qui ajoute que les tiers devront investir pour espérer retrouver leurs volumes d’antan. Pour la marque Louis Erard, il s’agit d’un compromis qualifié de fair-play, vu que l’issue était de toute manière inéluctable depuis que Nicolas Hayek avait fait part de sa volonté en 2009. «Nous avons gagné quelques années et davantage de temps pour nous organiser», note le patron de la marque, Alain Spinedi. Et de rappeler que le couperet devait tomber initia­lement en 2016. «Nous demandions des livraisons jusqu’en 2022. On peut vivre avec l’échéance de 2019», relève Alain Spinedi. La ­décision risque néanmoins d’avoir un effet domino sur tous les sous-traitants horlogers. «C’est mathématique. Comme il y aura moins de mouvements, les marques vont acheter moins de boîtiers, de cadrans, d’aiguilles, etc.», anticipe un fabricant jurassien.

Concrètement, le nouvel accord stipule qu’ETA, le bras industriel de Swatch Group, est toujours ­contraint de livrer ses mouvements mécaniques aux tiers jusqu’à fin 2019. D’ici là, sur la moyenne des années 2009 à 2011, la manufacture doit fournir 75% des quantités vendues en 2014-2015, 65% en 2016-2017 et 55% en 2018-2019, a détaillé la Comco lors d’une conférence de presse à Berne.

Reste aussi que, sur le fond, le volet des assortiments, soit les organes réglants d’une montre (surtout les spiraux), n’est toujours pas tranché. Certes, la Comco a confirmé son refus à Swatch Group de cesser de les livrer, jugeant ­toujours qu’une baisse serait prématurée à ce stade. Toutefois, la nuance est de taille: le gendarme de la concurrence n’exclut pas une réduction à terme. «Ce sera la prochaine guerre», anticipe Alain Spinedi. «Nivarox [Swatch Group également] jouit dans ce domaine d’un plus grand monopole encore qu’ETA sur les mouvements, puisque 90%, voire 95%, de ces composants sont produits par Nivarox», rappelle un horloger vaudois. Il faudra toutefois trouver des alternatives, et vite. Car «les clients de Nivarox doivent s’attendre à un ­arrêt des livraisons à l’avenir. Et il pourrait intervenir assez rapidement», a déclaré Vincent Martenet, président de la Comco. Selon nos informations, Swatch Group ne va de toute manière pas en rester là.

La situation pourrait d’ailleurs se débloquer sous peu, explique le président. Deux raisons à cela. D’abord, elle dépend d’une décision du Tribunal fédéral des brevets de Saint-Gall, qui doit trancher un litige en la matière. Peut-être en novembre déjà. Si elle en sort vainqueur, la société valaisanne Sigatec pourrait rapidement devenir une alternative, de l’avis de Vincent Martenet. Ensuite, si la phase de tests sur des assor­timents menée par la société chaux-de-fonnière Sellita est concluante, il pourrait aussi s’agir d’une solution de substitution, ­anticipe le président. Le feuilleton Swatch Group - Comco entre donc dans une nouvelle phase, encore plus stratégique et vitale que la précédente.

«Les clients de Nivarox doivent s’attendre à un arrêt des livraisons. Et il pourrait intervenir assez rapidement»

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