L’année 2021 sera-t-elle celle de la convalescence? Plusieurs scénarios tablent sur une reprise, mais ils varient. La BNS se montre prudente pour l’économie suisse là où le FMI anticipe un PIB mondial en croissance de 5,5% (contre -3,5% en 2020). Entre incertitudes, résilience et changements, la plupart des participants au Forum Horizon 2021 organisé par Le Temps mardi, ont tenu un discours d’espoir: la pandémie génère des opportunités.

Lire aussi: Le coup de main de Nestlé pour la distribution des vaccins

L’avènement du digital et de la flexibilité

«Avec du recul, 2020 restera aussi comme l’année où le monde a embrassé la digitalisation», a estimé Mark Schneider. Le patron de Nestlé relève que, dans le commerce de produits alimentaires frais, jusqu’à présent peu digitalisé, les ventes en ligne ont augmenté de 15 à 20%. «Cette tendance ne va pas s’inverser, estime-t-il. Tout comme celle du télétravail.» Mark Schneider a introduit la notion de «maintenance à distance», montrant que des visites techniques, notamment sur des usines de produits laitiers, se sont pour la première fois effectuées à distance et que cela a fonctionné. Les entreprises devront faire preuve de flexibilité, les employés aussi, selon la directrice d’Adecco en Suisse. La flexibilité des entreprises suisses explique aussi pourquoi l’économie helvétique a limité les dégâts l’an dernier, selon Thomas Jordan, patron de la BNS.

Lire aussi: La BNS, thermomètre de l’incertitude liée à la pandémie

Le concept de résilience

Le concept de résilience a été utilisé à toutes les sauces car il faut, toujours plus, vivre avec de l’incertitude. Dans une volatilité générale, il faut être résilient, constamment travailler sur plusieurs scénarios, investir, prendre des risques. Les entreprises suisses, confrontées à la force du franc depuis plusieurs années, ont su s’adapter, relève Thomas Jordan. «La résilience, c’est un coût dont on parle quand la météo est bonne, a affirmé Mark Schneider. En cas de mauvais temps, ça sert.» La résilience? Une question d’équilibre, il n’y a pas de formulaire, elle porte une part de décentralisation, selon lui. Les institutions, solides en Suisse, engendrent de la résilience, selon Arturo Bris, professeur à l’IMD. «Beaucoup d’entreprises se sont endettées pour la première fois, souligne Maxime Botteron, économiste chez Credit Suisse. La question est de savoir comment elles vont réagir, même s’il s’agit de prêts à taux zéro.»

Des tensions mondiales persistantes

La question d’une reprise économique est intimement liée à la réussite des campagnes de vaccination, selon la plupart des participants. «Les entreprises doivent se préparer à un retour de la croissance, nous ne savons pas quand mais elle va arriver, projette Simone Wyss Fedele, directrice de Switzerland Global Enterprise. D’après nos statistiques, 70% des PME prévoient une hausse des exportations au troisième trimestre.» Les exportateurs doivent, en attendant, faire face aux restrictions sanitaires qui empêchent de voyager et d’établir le contact avec de nouveaux clients. Et prendre en compte les tensions économiques sino-américaines qui ne disparaîtront pas avec Joe Biden. «On ne peut pas laisser Alibaba s’étendre dans le monde et empêcher Amazon de s’établir en Chine, estime Martin Naville, directeur de la Chambre de commerce Suisse-Etats-Unis. La Chine ne remplit pas la condition de réciprocité nécessaire à la négociation.»

Moment charnière pour le climat

«Pour la première fois, les trois grandes puissances (Etats-Unis, Europe et Asie) ont pris des engagements sur le climat allant dans la même direction», souligne Mark Schneider. La multinationale a publié en décembre un plan détaillé des actions qu’elle compte entreprendre pour parvenir à réduire à néant ses émissions de carbone en 2050. «La politique de Joe Biden sur le climat va offrir beaucoup d’opportunités aux entreprises dans le secteur des cleantechs», ajoute Simone Wyss Fedele. Prendre en compte le risque climatique est une nécessité, affirme Thomas Jordan, qui avertit cependant que d’autres risques seront à considérer à l’avenir: «Il y aura d’autres technologies, d’autres chocs, d’autres crises et nous ne pourrons pas les éviter», conclut-il.