Énergie

2038, clap de fin annoncé pour le charbon allemand

L’Allemagne doit avoir fermé toutes ses centrales à charbon dans une vingtaine d’années, préconise la commission mandatée à ce sujet par le gouvernement. L’objectif pour Berlin est de tenir ses engagements climatiques

Vingt ans pour sortir du charbon. C’est ce que préconise une commission d’experts allemands dans un rapport final rendu public samedi 26 janvier. Les 28 membres de cette commission – acteurs économiques, énergétiques, politiques et environnementaux – ont été mandatés il y a sept mois par le gouvernement d’Angela Merkel pour tracer les grandes lignes de ce programme énergétique. D’ici à 2038 voire, si tout va bien, 2035, l’Allemagne ne comptera plus de centrale à charbon et aura fermé ses mines de lignite.

Un immense défi pour l'Allemagne

La date peut paraître éloignée en comparaison avec la France, qui prévoit la fermeture de ses quatre centrales thermiques d’ici à 2022, ou avec le Royaume-Uni et l’Italie, qui tablent sur 2025. Mais le défi est immense pour l’Allemagne et ses 148 centrales à charbon, qui ont produit l’an dernier 38% de l’électricité nationale. Berlin a par ailleurs déjà lancé sa sortie du nucléaire, qui sera actée en 2022.

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La commission préconise une sortie par étapes du charbon dans le mix électrique de l’Allemagne. La première phase, rapide, prévoit la baisse d’un quart de la production d’électricité issue du charbon d’ici à 2022, soit une baisse de 12,5 gigawatts. La deuxième prévoit une réduction supplémentaire de 13 GW d’ici à 2030, avant la sortie définitive en 2038 ou 2035.

Ce scénario signifie la fin de l’industrie minière allemande. Si le pays a fermé ses deux dernières mines de houille fin décembre, il compte encore quatre zones d’extraction du lignite, ce charbon de faible qualité et très polluant, exploité dans des mines à ciel ouvert. Vingt mille personnes y sont employées.

La transition coûtera 40 milliards d'euros

La commission estime qu’il faudra débourser 40 milliards d’euros pour financer la transition économique de ces régions, une proposition bien accueillie sur place. Elle prône aussi un soutien étatique pour stabiliser le prix de l’électricité et éviter une perte de compétitivité des entreprises. Les exploitants de centrales à charbon pourraient aussi être indemnisés dès 2020. Enfin, pour éviter les coupures d’électricité, les experts conseillent d’accélérer le développement du réseau de lignes électriques, de construire de nouvelles centrales à gaz et de continuer à soutenir les énergies renouvelables. L’an dernier, 40% de l’électricité allemande a été issue des énergies propres. Un record historique.

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Très coûteuse, cette sortie du charbon devrait permettre à Berlin de tenir ses engagements climatiques, à condition que l’industrie et les transports avancent eux aussi. D’ici à 2030, l’Allemagne souhaite réduire de 60% ses émissions de CO2 par rapport à 1990 et prévoit de devenir une économie neutre d’ici à 2050. «Avec ce plan, l’Allemagne a une chance de redevenir un pays précurseur en matière environnementale», estime Martin Kaiser, directeur de Greenpeace Allemagne. Pour Ronald Pofalla, l’un des présidents de la commission, le consensus trouvé samedi relève du «tour de force historique» face aux intérêts divergents des différents acteurs.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement, qui devrait reprendre à son compte les propositions de la commission, avant un grand débat au Bundestag. Ce week-end, la plupart des partis politiques ont accueilli positivement ce rapport. Selon un sondage, 73% des Allemands soutiennent eux aussi la sortie du charbon.

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