«Cette opération est excellente pour les actionnaires, pour De Beers, pour Anglo-American et pour mon pays, l'Afrique du Sud. Je ne peux que la recommander.» Au cours d'une conférence de presse tenue conjointement à Londres et à Johannesburg, Nicky Oppenheimer, président de De Beers et vice-président du groupe minier Anglo-American, a voulu donner une note très positive à la proposition de rachat du numéro un mondial du diamant par un consortium comprenant ses actionnaires historiques.

Attendue depuis quelques mois, cette offre publique d'échange valorisée à 17,6 milliards de dollars (29,4 milliards de francs) assied la position de la famille Oppenheimer, dénoue les participations croisées, pénalisantes pour les cours boursiers, entre Anglo-American et De Beers, et retire ce dernier de la cotation d'ici à fin juin. Certains investisseurs se montrent critiques face à un deal qui les oblige à devenir actionnaires d'Anglo-American, et dont la valeur aurait pu être plus élevée. Chaque actionnaire d'une «unité liée De Beers» (action et certificat de dépôt) se voit proposer 0,43 action d'Anglo-American, 14,40 dollars en cash et un dividende annuel de 1 dollar sur le certificat. Cela représente une prime de 31% sur le cours de De Beers au 31 janvier, date de la communication des discussions en cours.

De Beers, dont l'une des sociétés est basée à Zoug, cherchait depuis longtemps une nouvelle structure capitalistique. En effet, les participations croisées d'environ un tiers entre Anglo-American et l'ex-monopole mondial du diamant, en place depuis sept décennies, pénalisaient la progression boursière des deux sociétés. Du reste, depuis que le patron d'Anglo-American, Tony Trahar, avait affirmé que ce croisement «avait servi sa cause» en septembre dernier, laissant entrevoir l'opération annoncée jeudi, le titre De Beers avait grimpé de 83%.

Les acquéreurs, regroupés sous la bannière De Beers Investment, sont Central Holdings Ltd., la société de participation de la famille Oppenheimer, Anglo-American Plc. (fondée par Ernest Oppenheimer, grand-père de Nicky) et Debswana, une société d'exploitation minière, détenue à parts égales par le gouvernement du Botswana et De Beers. L'opération sera financée par un prêt de 8,4 milliards de dollars accordé par la Dresdner Bank Luxembourg et UBS.

La majorité (90%) des actions d'Anglo-American seront désormais en mains publiques. Une manœuvre qui évite à la société minière, qui a déplacé son siège de Johannesburg à Londres en 1999, de perdre du poids dans l'indice FTSE-100 pour cause d'actionnariat trop compact.

Echapper aux autorités antitrust

En cas de conflit, les Oppenheimer auraient le dernier mot, puisqu'ils sont présents dans Debswana à travers De Beers (voir graphique ci-contre). Le management de De Beers sera confié à CHL, et Nicky Oppenheimer se retirera de l'opérationnel chez Anglo-American.

L'inclusion du Botswana dans le nouvel actionnariat devrait permettre à Anglo-American, qui demeure sous la barre de 45% du capital, d'échapper aux foudres des autorités antitrust américaines. Celles-ci ont toujours empêché De Beers de développer ses activités aux Etats-Unis, qui représentent pourtant la moitié du marché de détail mondial du diamant, évalué à 56 milliards de dollars. Même si elle a cassé son cartel qui lui permettait de maintenir des prix élevés, la société sud-africaine est encore considérée comme un monopole par Washington. Par son réseau d'alliances en Russie et au Canada, elle contrôle deux tiers de la production mondiale de diamants.

Deux semaines avant la date prévue, De Beers a publié ses chiffres pour l'an 2000. Ils sont «exceptionnels»: le bénéfice net a plus que doublé à 1,7 milliard de dollars, les ventes de diamants ont atteint le chiffre record de 5,7 milliards et les stocks ont été réduits de 23%. Mais la saison des Fêtes a été décevante et Gary Ralfe, PDG de De Beers, a implicitement confirmé les prédictions des analystes, qui estimaient à 10% la baisse pour cette année.

Après avoir démantelé son cartel, débloqué les prix à la production et accepté un fonctionnement plus transparent, De Beers veut miser sur le marché diamantaire de détail, six fois plus important que celui de la production. Une alliance avec le numéro un mondial du luxe, le Français LVMH, doit lui permettre de commercialiser des diamants finis sous sa propre marque.