Il était tôt ce mercredi matin 17 septembre chez Pershing Square, le hedge fund de Bill Ackman, lorsque les cadres ont commencé à recevoir des coups de fil et des courriels nerveux des investisseurs. Bill Ackman, 42 ans, est un acteur majeur de Wall Street depuis quinze ans et il a fait gagner à ses clients - et à lui-même - des milliards de dollars.

Mais là, Bill Ackman et ses collègues étaient pris au dépourvu par ce qu'ils entendaient. Leurs gros investisseurs étaient inquiets à propos des actifs Pershing détenus par Goldman Sachs, banque d'investissement de premier ordre, dont les réserves étaient prises d'assaut. Peu leur importait que cet établissement conserve les actifs Pershing dans un compte séparé et que l'argent soit à l'abri. Et peu leur importait qu'Ackman pense qu'elle est la banque d'investissement la mieux gérée au monde et qu'elle sortirait indemne de la crise du crédit. Les investisseurs de Pershing craignaient malgré tout que leur argent soit exposé.

Bill Ackman demanda aux responsables de Goldman Sachs de faire quelque chose pour rétablir la confiance - comme injecter du capital de Warren Buffett, l'investisseur milliardaire. Et tout en maintenant ses actifs chez Goldman Sachs, il s'empressa d'ouvrir des comptes auprès de trois autres institutions, juste pour le cas où les choses empireraient.

Une crise cachée

Pershing était plus confiant que beaucoup d'autres. Partout dans Wall Street, des hedge funds avec des milliards de dollars chez Goldman Sachs et Morgan Stanley, autre fameuse banque d'investissement, retiraient frénétiquement leur argent tout en cherchant d'autres refuges plus sûrs.

L'affolement a continué à se propager pendant les deux jours les plus angoissants de l'histoire des marchés financiers; et ce sont les investisseurs les plus importants des Etats-Unis et d'autres centres financiers autour du monde - et pas des moindres - qui paniquaient le plus. Personne ne savait quels dommages cette panique causerait avant de s'estomper.

C'est à cela que ressemble une crise mondiale du crédit. Ce n'est pas comme une crise boursière, dont la plongée affolante des actions est évidente pour tous. La crise du crédit s'est déroulée dans des endroits que la plupart des gens ne peuvent pas voir. Ce sont des banques refusant de prêter de l'argent à d'autres banques, alors même qu'il s'agit de la fonction la plus essentielle du système bancaire. C'est une perte de confiance dans des institutions apparemment saines comme Morgan Stanley et Goldman Sachs, qui toutes deux continuaient à annoncer des bénéfices même si la pression montait. Ce sont des hedge funds paniqués qui retirent de l'argent liquide. Et ce sont de gros investisseurs effrayés qui se protègent en achetant des «credit default swaps» - une police d'assurance financière contre une faillite potentielle - à des prix 30 fois supérieurs à ce qu'ils paieraient normalement.

Les politiques ont peur

Ce sont ces 36 heures il y a deux semaines, du matin du 17 septembre à New York et Washington jusqu'à l'après-midi du 18 septembre, qui ont fait peur aux responsables politiques en ouvrant des brèches dans le système financier mondial. Dans leur empressement à vouloir agir, et vite, le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, et le secrétaire au Trésor, Henry Paulson Jr, ont estimé que le temps était venu d'utiliser le plan de sauvetage d'urgence qu'ils avaient élaboré.