«Le marché du travail va mieux», annonçait gaiement l'Office fédéral de la statistique il y a quelques semaines. Entre le 1er trimestre 1997 et le 1er trimestre 1998, l'Office comptabilisait en effet 29 000 emplois supplémentaires (une progression de 0,8%). On n'avait plus fêté pareille hausse depuis le 2e trimestre 1996! Pour encourageant qu'il soit, ce résultat doit cependant être nuancé. Car cette augmentation résulte d'abord de la multiplication des temps partiels: sur les 29 000 emplois supplémentaires, 20 000 (70%) sont à temps partiel. Et il s'agit surtout de temps très partiel, puisque 15 500 d'entre eux sont des jobs dont le taux d'occupation est inférieur à 50%. Reste à espérer que ceux et celles qui ont décroché ces nouveaux emplois disposent d'autres sources de revenu que leur salaire pour vivre.

Inégalités accrues

Le risque est sinon grand de les voir sombrer dans la cohorte des précaires. Selon la seule étude nationale sur la pauvreté en Suisse menée dans le cadre d'un programme de recherche du Fonds de la recherche scientifique, entre 390 000 et 680 000 personnes vivaient en 1992 dans la précarité, soit entre 5,6% et 9,8% de la population résidente (selon que l'on prend comme seuil de pauvreté un revenu mensuel de 1800 francs ou de 2100 francs pour une personne seule). Cette étude notait aussi que 60% des pauvres ont moins de 40 ans.

Elle constatait en outre un accroissement sensible des inégalités dans la répartition des revenus entre 1982 et 1992: la part du revenu total à disposition du 40% de la population la plus faible économiquement a diminué. Depuis, la crise économique a sans doute aggravé la situation.