Rémunérations

40% de différences de bonus entre hommes et femmes dans les banques

Les inégalités s’accroissent à nouveau entre les genres et dépassent largement la moyenne suisse, selon une enquête de l’Association suisse des employés de banque (ASEB), et l’écart est béant pour les bonus

Les disparités salariales entre hommes et femmes augmentent à nouveau dans la finance. L’enquête salariale 2019 auprès des banques met en avant «des tendances surprenantes et préoccupantes. Le changement culturel n’a pas encore eu lieu», déclare à la presse Denise Chervet, directrice de l’Association suisse des employés de banque (ASEB), mardi à Zurich.

L’écart atteint 23,6% et dépasse ainsi de presque 10 points de pour-cent la moyenne helvétique (14,6% dans le secteur privé), selon ce sondage auprès de 4725 participants, mené tous les deux ans depuis 2009, en collaboration avec l’institut Onlineumfragen.com.

Appel à une politique salariale moderne

La discrimination n’est pas motivée par l’âge et les années de service puisqu’elles demeurent lorsqu’on compare les salaires par niveau hiérarchique. Pour Denise Chervet, les écarts de formation et de secteur de travail ne justifient pas les écarts. «Les femmes continuent à souffrir des effets des biais inconscients lors des évaluations salariales», conclut-elle. L’ASEB «exhorte les banques à adopter une politique salariale moderne» et salue la journée d’actions du 14 juin.

Le salaire fixe médian d’un collaborateur s’élève à 87 000 francs en 2019, selon l’enquête. Cela signifie que 50% des personnes ont un salaire supérieur et 50% inférieur. Le salaire médian d’une collaboratrice atteint lui 78 000 francs. La différence est donc de 10% à ce niveau hiérarchique, contre 13% à celui des cadres et 6% à celui de la direction.

L’écart de bonus a triplé

Les écarts se creusent donc par rapport au précédent sondage parce que les augmentations profitent davantage aux hommes. Au niveau «collaborateur», le salaire annuel a augmenté de 7000 francs pour les hommes et de 1000 francs pour les femmes. «Les hommes ont bénéficié d’augmentations de salaire supérieures de plus de 50% par rapport aux femmes», indique le rapport. Pour chaque niveau hiérarchique, la différence a augmenté par rapport à 2017. En effet, il y a deux ans elle était respectivement de 4%, 12% et 4%.

L’ASEB «exhorte les banques à adopter une politique salariale moderne», selon sa directrice.

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Les disparités sont encore plus flagrantes sur le bonus avec des différences de 24% pour les cadres (17% en 2017) et de 7,4% pour les collaborateurs (3%). Cette gratification atteint 12 500 francs pour les hommes (+9,9% en deux ans) et 8000 francs pour les femmes (+1,7%). «L’écart de bonus a plus que triplé en deux ans, si bien que celui des hommes dépasse de presque 40% celui des femmes», note Denise Chervet.

Disparités entre les villes et la périphérie

L’enquête souligne aussi une nette augmentation des salaires fixes en deux ans. Ils ont augmenté de 2,9% par rapport à 2017. L’enquête signale une autre disparité, entre les villes et les campagnes. Les salaires sont restés stables sur les deux principales places financières (Zurich et Genève) où les bonus ont diminué, alors que les salaires fixes et les bonus augmentent dans les régions périphériques à tous les niveaux hiérarchiques.

L’ASB critique ici le fait que les bonus soient «imprévisibles et impossibles à planifier»: 60% des personnes sondées déclarent que leur bonus a changé, 30% qu’il a diminué et 40% avouent leur insatisfaction. «Les critères d’attribution sont incompréhensibles pour de nombreuses personnes», poursuit l’ASEB.

Au total, le degré de satisfaction au travail est très bas si l’on en juge par l’enquête. Ainsi 36,7% des participants indiquent se sentir «vides et épuisés après le travail». Il apparaît aussi que les grandes banques s’en sortent moins bien que les autres. Les résultats du sondage doivent être «considérés comme un signal d’alarme», selon le rapport.

A la suite de cette enquête, l’ASEB présente ses revendications. Elle «exige la possibilité de concilier vie professionnelle et vie privée, davantage de femmes aux postes de direction et un salaire égal pour un travail égal».

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