PERTES

4,6 milliards évaporés chez un gros hedge fund

Le fonds américain Amaranth avait misé sur la hausse du gaz naturel, qui a chuté de 50%. Une débâcle qui évoque LTCM. La crise systémique évitée?

Cela sent le gaz chez Amaranth. La firme de hedge funds américaine, qui gérait 9,5 milliards de dollars, a vu les gains de ses deux principaux fonds s'évaporer de 50% en un mois. Sa masse sous gestion a fondu depuis à 5 milliards. En montant absolu, la perte s'élève à 4,6 milliards.

L'un de ses traders, Brian Hunter, 32 ans, avait pris des paris haussiers, amplifiés par un levier de 5 pour 1, sur les prix du gaz naturel. Mais les cours ont reculé de 15% en deux semaines, et de 50% depuis janvier. D'après TheStreet.com, ces spéculations malheureuses se sont opérées hors Bourse (OTC), contournant la surveillance qu'impose le New York Mercantile Exchange (Nymex).

Sur l'année, la firme anticipe des pertes supérieures à 35%, «une fois notre exposition au gaz naturel réduite à zéro», écrivait lundi le fondateur d'Amaranth Nicholas Mounis dans une lettre aux investisseurs.

Hier, Amaranth a indiqué avoir couvert tous les appels de marges, et quasiment dénoué ses positions sur le gaz naturel. Pour lever rapidement des liquidités et satisfaire les demandes de remboursement des clients, la firme a vendu ces derniers jours pour 2 milliards d'euros de son portefeuille de crédits syndiqués européens, ainsi que des obligations convertibles. Très liquide, le marché secondaire des crédits aurait bien supporté ces ventes, pourtant les plus massives qu'il ait jamais connues.

Un fonds à «faible volatilité»

Fait notable, Amaranth prétendait que ses hedge funds étaient à basse volatilité. En réalité, les fonds sont passés de 1,5 milliard de gains à plus de 5 milliards de pertes, soit une variation de 60%, en moins de deux semaines. Le puissant effet de levier des fonds a démultiplié la volatilité.

Basé à Greenwich, dans le Connecticut, Amaranth est le deuxième cas connu cette année de débâcle liée aux paris avec levier sur le marché à terme de l'énergie. Le mois dernier, MotherRock, un hedge fund qui gérait 400 millions, dirigé par Robert Collins, ancien président du Nymex, a fermé boutique suite à la chute de 68% des futures sur le gaz naturel depuis leur sommet du 13 décembre. Et l'an dernier, Citadel Investment Group et Ritchie Capital ont mal calculé l'impact de l'ouragan Katrina sur les prix du gaz naturel.

Des pertes aussi colossales chez de gros hedge funds ont éveillé aux Etats-Unis les craintes de voir les paris spéculatifs de ces fonds, aux stratégies secrètes et peu régulés, entraîner une crise étendue du système financier. La somme perdue par Amaranth, 4,6 milliards, dépasse même celle perdue par le hedge fund LTCM de 3,6 milliards entre fin 1997 et fin 1998, lorsqu'à la demande de la Fed, les banques de Wall Street avaient dû injecter ce montant pour éviter la faillite et l'effet domino. Malgré cette intervention, la débâcle de LTCM avait fini par coûter quelque 110 milliards au système financier.

Si, pour l'heure, Amaranth tient bon, ses pertes affectent déjà d'autres institutions. Un fonds de hedge funds de Morgan Stanley y avait investi 124 millions de dollars, ou 5,5% de sa fortune. La perte est d'autant plus fâcheuse que Morgan Stanley avait déjà passé en perte et profits la totalité des 15,6 millions investis dans le hedge fund Lancer Funds en 2002, qui a fait faillite.

D'autres banques se seraient brûlé les ailes dans Amaranth: Credit Suisse et Deutsche Bank y ont aussi investi à travers des fonds de fonds.

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