La 5G, c’était jusqu’à présent surtout une bataille sur Terre. D’un côté, des opérateurs qui veulent déployer au plus vite leurs réseaux pour rentabiliser leurs licences. De l’autre, des citoyens, et certaines autorités locales, inquiets de possibles conséquences de cette technologie sur la santé. En parallèle, une autre lutte a lieu autour de la 5G, dans les airs. Les constructeurs aéronautiques craignent des interférences avec les radioaltimètres, ce qui donne lieu à des enquêtes auxquelles la Suisse participe.

Mardi, les dirigeants d’Airbus et de Boeing ont ainsi alerté le Ministère américain des transports sur de possibles perturbations sur des instruments de bord de leurs appareils par la 5G. Jeff Knittel et David Calhoun ont fait part de leurs «inquiétudes»: ils soupçonnent la 5G d’interférer avec les radioaltimètres, instruments à bord des avions qui mesurent la distance avec le sol.

La France agit

Ce ne sont pour l’heure que des soupçons. Mais ils viennent renforcer ceux émis en février en France par la Direction générale de l’aviation civile. Celle-ci avait alors affirmé que «l’utilisation d’appareils 5G à bord des aéronefs pourrait entraîner des risques d’interférences conduisant à des erreurs potentielles sur les mesures d’altitude». Des erreurs «particulièrement critiques lors des phases d’atterrissage aux instruments», avait averti cette autorité, qui avait obtenu une réduction de la puissance des émissions des antennes 5G près de 17 aéroports de l’Hexagone. Les autorités françaises recommandent aussi de mettre en «mode avion» les appareils 5G en cabine.

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La lettre d’Airbus et de Boeing est diffusée à un moment clé: les opérateurs américains Verizon et AT&T devaient initialement commencer à utiliser le 5 décembre les bandes de fréquences 3,7-3,8 GHz, avant de repousser ce lancement pour janvier.

Critiques en Suisse

Ces interrogations sont aussi valables en Suisse, où la 5G a été déployée dès 2019. Depuis, des milliers d’antennes ont été activées sur tout le territoire national par Swisscom, UPC Sunrise et Salt. Les autorités enquêtent, et critiquent aussi l’attitude des constructeurs. Contacté mercredi, l’Office fédéral de la communication (Ofcom) indique que «les études de perturbations potentielles des radioaltimètres par la 5G sont toujours en cours dans le groupe européen compétent en la matière, le PT1 de l’ECC (IMT Matters) auquel participe activement la Suisse.» Et l’Ofcom souligne «qu’un certain retard a été pris dans ces études en raison du fait que l’industrie aéronautique a jusqu’à présent passablement rechigné à livrer toutes les données techniques des différents radioaltimètres utilisés. La prochaine réunion de ce groupe d’experts aura lieu mi-janvier et permettra de poursuivre les études.»

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A priori, le risque d’interférences entre la 5G employée en Suisse et les altimètres des avions est faible, voire très faible. «A ce jour aucune perturbation n’a été rapportée en Suisse ou en Europe. Les fréquences 5G utilisées en Suisse sont dans la bande 3,5-3,8 GHz. Pour rappel, les radioaltimètres fonctionnent dans la bande de fréquences 4,2-4,4 GHz qui est donc relativement éloignée», poursuit un porte-parole de l’Ofcom. Egalement contacté par Le Temps, l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) précise qu'«en Europe, les bandes de fréquences utilisées pour les 5G et celles utilisées par les radioaltimètres de l’aviation sont un peu plus écartées par rapport aux bandes de fréquences utilisées aux Etats-Unis. L’étude du European Communications Committee (ECC PT1) dira si en Europe il faut composer avec des effets potentiellement négatifs de la 5G sur les radioaltimètres.»

Recommandations en Suisse

L’histoire n’est donc sans doute pas terminée. L’OFAC poursuit en disant avoir publié un document, appelé Safety Awareness Notification Data, «mettant en garde les compagnies aériennes, les opérateurs et les pilotes contre les interférences potentielles des émissions 5G sur les radioaltimètres.» Ce document inclut neuf recommandations définies à ce sujet. Une d’entre elles rappelle l’importance «de signaler toute éventuelle anomalie ou incident à travers le système de notification des incidents d’aviation.»

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Ce n’est pas tout: en consultant ce document, on lit ceci: «Si des appareils électroniques portables compatibles 5G sont transportés dans la cabine ou le cockpit, ils doivent être réglés de manière à ne pas émettre sur les réseaux cellulaires (par exemple, en mode avion) ou être éteints.» C’est donc la même recommandation qu’en France. De plus, ce document stipule que «pour les communications essentielles, par exemple pendant les opérations des services médicaux d’urgence, les équipages ne doivent utiliser que des appareils de communication 3G ou 4G.»

Processus long

Les trois opérateurs suisses n’ont pour l’heure pas reçu de consigne de diminuer la puissance d’émission des antennes 5G près des aéroports. Et changer les bandes de fréquences ne semble guère possible. «L’attribution de bandes de fréquence est un processus long et compliqué qui se décide au niveau international et un éventuel changement n’est pas une option», affirme l’Ofcom au Temps.