Les propos sont clairs et officiels. Ils ont été tenus lors d’une présentation à quelques journalistes ces derniers jours et sont repris par la « Schweiz am Sonntag » : « Si Coca-Cola Suisse devait vendre ses produits aux prix étrangers et payer ses coûts au niveau suisse, soit les salaires devraient être réduits, soit l’entreprise quitterait le pays ». 900 emplois sont ainsi menacés dans notre pays.

Ce scénario se réfère à la révision de la loi sur les cartels, fruit du débat sur le « tourisme d’achat ». Le cœur de la révision se situe à l’article 7a et demande que les fournisseurs étrangers livrent leurs produits en Suisse aux conditions existant à l’étranger. Dans le cas inverse, ils risquent une amende. Le conseil national a certes refusé l’entrée en matière en mars dernier, mais le projet devrait revenir au conseil des Etats, qui l’avait accepté. S’il approuve la révision à une deuxième reprise, la décision finale reviendra au national.

La Migros et les représentants de la protection des consommateurs défendent la révision, alors que l’USAM, les syndicats, Economiesuisse et Promarca la combattent. La révision de la loi « n’est pas adaptée aux réalités économiques », fait valoir Patrick Bossart, membre de la direction de Coca-Cola Suisse. Il confirme qu’un départ de Suisse serait examiné en cas d’acceptation de la loi. Les centres de production sont à Brüttisellen (ZH), Bolligen (BE) et Vals (GR). L’entreprise ajoute que le marché fonctionne bien et que la concurrence règne. Denner, qui appartient à Migros, importe par exemple des bouteilles de Coca de la République tchèque et les vend 25 centimes meilleur marché que le produit suisse. Il en est résulté la suppression de six emplois, selon l’hebdomadaire.

Daniel Meyer, responsable de Mondelez International (ex Kraft Foods), qui produit les chocolats Toblerone exclusivement en Suisse –alors que Milka et les cafés Jacobs sont importés-, se dit également inquiet par ce projet de loi. 220 emplois sont concernés, à Bern-Brünnen. « Nous devrions choisir un autre modèle d’affaires et nous retirer de Suisse », selon le porte-parole. Le groupe a son siège européen en Suisse, avec un millier d’employés. La menace concerne surtout la commercialisation. Mondelez achète son lait auprès de 680 familles de paysans suisses.