Chine - Etats-Unis

90 jours de trêve pour tenter d’enterrer la guerre commerciale

Le président des Etats-Unis s’est entendu avec son homologue chinois en marge du G20 pour relancer les négociations commerciales après plusieurs mois d’escalade

La Chine va «abaisser et supprimer» ses droits de douane sur les importations d'automobiles américaines, a affirmé dimanche soir Donald Trump sur Twitter. Le secteur est actuellement frappé par des taxes douanières de 40%.

En marge d’un G20 qui a peiné à accoucher d’un communiqué à Buenos Aires, Donald Trump et Xi Jinping sont parvenus à s’entendre sur un cessez-le-feu dans la guerre commerciale qui les déchire depuis plusieurs mois. Au cœur de ce deal, il y a l’annonce par l’administration américaine de la suspension de nouveaux tarifs douaniers ciblant 200 milliards d’importations chinoises à partir du 1er janvier 2019.

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La rencontre entre les deux présidents s’est tenue dans l’hôtel où résidait la délégation américaine. Au terme d’un repas qualifié de très positif par les deux parties, les interprétations n’ont toutefois pas tardé à diverger sur la portée de l’accord. Selon la Maison-Blanche, les deux pays vont mettre à plat ces prochaines semaines tous les sujets de contentieux: les transferts de technologies qu’exige Pékin pour accéder à son marché, la propriété intellectuelle, les barrières non tarifaires, les attaques cybernétiques. Pékin se serait par ailleurs engagé à acheter un montant «très substantiel» de produits agricoles américains pour réduire le déficit commercial des Etats-Unis.

Pékin avare de détails

«C’est un accord extraordinaire», s’est réjoui Donald Trump auprès des journalistes à bord d’Air Force One sur le chemin du retour. Cela aura «un impact incroyablement positif» pour les fermiers américains, a-t-il ajouté. De fait, depuis le déclenchement de la guerre commerciale, début juillet, par une première salve de taxes sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises, Pékin a riposté par des taxes d’un même montant ciblant les produits agricoles américains, principalement les producteurs de soja. Une mesure qui a porté ses fruits, la grogne des agriculteurs contre Donald Trump ayant participé à sa défaite lors des élections de mi-mandat dans les Etats ruraux.

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Du côté de Pékin, on se montre plus avare de détails, le ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, se contentant d’évoquer des négociations à venir permettant un retour à la «normale» dans un esprit «gagnant-gagnant». Les autorités chinoises ne font aucune référence à la durée de cette trêve limitée, selon Donald Trump, à 90 jours. Faute de résultats, l’escalade tarifaire pourrait reprendre début mars prochain, c’est-à-dire à la veille de la réunion annuelle du parlement chinois, une façon de mettre Xi Jinping sous pression.

Même si Washington imposait 25% de taxes sur 500 milliards de dollars d’importation chinoise, comme il menace de le faire, cela n’affecterait que 0,5% de notre PIB.

Zhang Weiwei, professeur de relations internationales de l’Université Fudan à Shanghai

A ce stade, cette guerre commerciale s’est traduite par l’imposition de taxes américaines sur 253 milliards de dollars de produits chinois, et de nouvelles taxes chinoises sur 130 milliards de dollars de produits américains, le déficit commercial des Etats-Unis étant d’environ 500 milliards de dollars. L’effet de ces taxes s’est fait ressentir sur les deux économies, sans qu’il soit possible de dire qui en souffre le plus. «La Chine n’a pas peur de cette guerre commerciale, expliquait récemment le professeur de relations internationales de l’Université Fudan à Shanghai, Zhang Weiwei, de passage à Genève. Même si Washington imposait 25% de taxes sur 500 milliards de dollars d’importation chinoise, comme il menace de le faire, cela n’affecterait que 0,5% de notre PIB.»

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Soulagement des milieux d’affaires

Pour l’heure, le camp des durs à l’égard de Pékin au sein de l’administration américaine est mis en retrait: Peter Navarro, conseiller au Commerce de la Maison-Blanche, et Robert Lighthizer, le représentant au Commerce américain, militent pour une confrontation beaucoup plus frontale afin d’obtenir l’ouverture du marché chinois à un rythme plus soutenu que ces dernières années. Aveu de faiblesse ou simple réalisme, Donald Trump s’en remet aujourd’hui à une approche plus mesurée, celle défendue par son secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, et son directeur du Conseil économique national, Larry Kudlow.

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«Le président Xi a réussi à faire ralentir Trump, explique au Wall Street Journal Peter Morici, de l’Université du Maryland, favorable à un bras de fer avec Pékin. Le président est tombé dans le même piège que Barack Obama, George W. Bush et même Bill Clinton. Il n’obtiendra que de vagues promesses et très peu de résultats.» Wall Street et les milieux économiques américains sont pour leur part soulagés.

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