Revue des idées économiques

95% des musiciens sont «au noir» en Italie

Un chercheur s’en prend au système d’incitation italien et propose deux pistes simples pour y remédier: les allocations chômage et la réforme de la prévoyance.

D’une façon générale, le marché noir italien est deux fois plus répandu que la moyenne des pays industrialisés, selon Franz Schneider, expert en ce domaine. L’économie souterraine représenterait le quart du PIB. Selon le syndicat italien des artistes de musique, 95% des musiciens italiens travaillent entièrement ou partiellement au noir.

Les autres 5% font de la musique classique (1,5%) ou sont suffisamment renommés pour obtenir un contrat qui leur permet d’en vivre (3,5%). Ces statistiques sont naturellement incertaines. Mais l’important consiste, selon Alessandro Balestrino (1), à expliquer les raisons qui amènent les musiciens sur le marché noir. Ce dernier crée un modèle théorique qui intègre les facteurs institutionnels italiens, notamment les assurances sociales, et propose deux solutions principales.

Il est forcément plus aisé pour un musicien d’avoir un deuxième emploi, la nuit, le week-end ou durant les vacances. Le premier emploi, celui du jour, ouvre l’accès à la protection sociale. En fonction de la progressivité de l’impôt sur le revenu, la contribution nette du deuxième emploi au revenu disponible est limitée.

En Italie, les contributions du musicien à sa retraite sont perdues s’il ne travaille pas au moins 120 jours. Donc si son emploi se limite à deux jours par semaine, il est incité à préférer le marché noir. Il est vrai qu’un musicien a droit à des allocations de chômage (modestes) s’il travaille au moins 78 jours par an. Mais cela ne lui donne droit à aucune retraite. De plus, contrairement aux autres secteurs d’activité, les musiciens n’ont pas accès à un système d’assurance public subventionné.

Pour Alessandro Balestrino, le système est fondé sur l’idée que soit un musicien fait carrière -et il en fait son seul emploi, soit il quitte le monde de la musique. Comme cela se produit souvent, la réalité est différente. Les musiciens talentueux prennent un premier emploi et se consacrent à la musique le soir. En vérité, le statu quo est défendu par beaucoup d’acteurs de l’industrie du divertissement. Le choix du musicien pour le marché noir reflète aussi la préférence du marché pour la musique anglo-saxonne. Ce qui réduit la demande et la rémunération de la musique italienne.

Pour le chercheur, le relèvement des prestations de chômage réduirait la proportion de musiciens au noir et les inciterait à en faire un travail à plein temps. Les fluctuations de revenus sont en effet plus élevées dans ce métier qu’ailleurs.

Le système de retraite particulièrement inéquitable – une particularité italienne-, qui force les musiciens à contribuer davantage qu’ils n’en bénéficient, est également à réformer.

(1) Kind of black: The musicians’ labour market in Italy, Alessandro Balestrino, CESifo Working Paper 2769.

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