L'année 2004 sera particulièrement éprouvante pour le groupe ABB. Une dette de 1,7 milliard de francs arrivera à maturité, contre 800 millions cette année. Face à ce fardeau – la dette totale s'élève à plus de 8 milliards de francs –, le géant helvético-suédois ne veut pas céder à la panique et déclare poursuivre une stratégie qui lui permettra d'honorer toutes ses obligations. C'est bien dans cette optique qu'il a annoncé vendredi la vente de ses activités dans la technique de construction en Suède, en Norvège, en Finlande, au Danemark ainsi qu'en Russie. L'acquéreur, le groupe finlandais YIT Corporation, débourse 315 millions de francs. Cette vente, qui doit encore être soumise à l'approbation des autorités de surveillance, devrait être finalisée d'ici à la fin août. Selon Wolfram Eberhardt, porte-parole, les recettes nettes de l'ordre de 170 millions de dollars et en liquide seront directement affectées au remboursement de la dette de l'entreprise.

Dans un premier temps, le marché a réagi positivement à l'annonce de cette cession, qui vise après tout à assainir la situation financière de l'entreprise. Dans la matinée d'hier, l'action est montée jusqu'à 4,33 francs, 9 centimes de plus par rapport à la clôture jeudi soir. En moyenne, elle était offerte à 4,27 francs. Des analystes contactés par l'ATS jugent favorablement cette transaction, même si certains, dont celui de la Banque Cantonale de Zurich, estiment que le prix obtenu est trop bas. Selon celle-ci, ABB aurait dû empocher au moins 275 millions de francs.

Ainsi, ABB vient de se débarrasser de l'un de ses piliers, le secteur de la technique du bâtiment. Les activités vendues emploient 9000 personnes, sur un total de 17 000. Elles ont généré l'an dernier un chiffre d'affaires de 1,1 milliard de dollars. Les filiales scandinaves représentent environ la moitié des affaires dans le secteur. Le reste de la division, en Allemagne, en Grande-Bretagne et surtout en Suisse, doit être vendu d'ici à la fin de l'année. «Pour ce qui est de la Suisse, nous sommes en pourparlers avec plusieurs acheteurs potentiels et nous nous dirigeons vers une solution dans le troisième trimestre de l'année», explique le porte-parole du groupe. La division technique du bâtiment est rentable, contrairement à l'ensemble des activités, qui a accusé une perte opérationnelle de 11 millions de dollars en 2002.

Semaine animée

Wolfram Eberhardt précise qu'outre cette vente, le groupe se prépare à désinvestir dans d'autres secteurs mineurs en Europe, toujours dans le but d'assainir son endettement. Il dément les rumeurs selon lesquelles ABB vendrait sa division pétrole, gaz et pétrochimie à la société de capital-risque britannique Candover, une transaction qui rapporterait autour de un milliard de dollars.

Par contre, il rappelle que l'objectif du groupe est de réaliser au moins 2 milliards de dollars par le biais des désinvestissements. «Cela donne une indication sur notre volonté d'assumer nos créances», dit-il. A ce sujet, le CEO de la multinationale, Jürgen Dormann, a déclaré jeudi soir devant un club de journalistes à Heidelberg qu'il s'attendait à la fin prochaine de la crise qui secoue le groupe. Selon lui, le cap sera franchi à la mi-2004.

ABB ne le cache pas, il vient de traverser une semaine très animée. Vendredi, le groupe a raflé un contrat de 34 millions de dollars pour offrir divers services d'entretien aux installations pétrolières de Statoil, entreprise publique norvégienne. Mais en début de semaine, l'entreprise a rendu publique une affaire de pots-de-vin que ses dirigeants ont payés pour décrocher des contrats en Afrique. Cette divulgation pourrait lui coûter cher.

Aux Etats-Unis, où l'entreprise est cotée en Bourse, la législation est devenue très sévère face à de telles infractions mais, selon Wolfram Eberhardt, ABB a agi de bonne foi et offre son entière collaboration à la justice américaine. Sans minimiser l'affaire, le porte-parole déclare qu'une grande multinationale comme ABB n'est jamais à l'abri de la corruption dans l'un ou l'autre pays. «Maintenant, c'est en Afrique, il y a quelque temps c'était en Allemagne, dit-il. Pour notre part, en divulguant volontairement cette information, nous démontrons notre tolérance zéro pour de telles pratiques.»