C'est une première! Jamais une entreprise industrielle n'avait offert des services de prévoyance professionnelle à d'autres entreprises. Hautement spécialisée, la gestion institutionnelle de fonds requiert des compétences spécifiques que l'on retrouve en principe dans les banques et les assurances ou auprès des consultants institutionnels.

Qu'à cela ne tienne, la caisse de pension d'ABB innove et compte s'imposer sur ce marché très disputé. A cet effet, ABB Suisse a fondé au premier janvier la société ABB Prévoyance SA. Concrètement, cette société proposera à des entreprises des solutions globales de prévoyance professionnelle ou des prestations modulaires comme des placements collectifs, la tenue de comptabilité des fondations ou encore des conseils en stratégie d'investissement. L'offre concerne en priorité les sociétés qui occupent entre 200 et 1000 personnes. ABB ne vise donc pas les grosses caisses de pension, qui de toute façon ont recours à plusieurs prestataires de services spécialisés.

Au départ, ABB n'engagera pas de personnel supplémentaire, l'entreprise se contentera d'utiliser les compétences «maison» pour satisfaire la demande. «Dans quelques mois, si nos affaires vont bien nous engagerons alors du personnel», explique Christoph Schenk, directeur d'ABB Prévoyance SA. A moyen terme, Christoph Schenk espère que la nouvelle société rapportera environ un demi-million de francs par an. Une somme qui sera intégralement versée à la caisse de pension d'ABB. Ses 20 000 membres seront donc les premiers bénéficiaires de l'opération puisque le montant de leurs primes baissera d'autant.

Premier succès

ABB Prévoyance SA compte déjà un premier succès puisque la société va gérer les fonds de pension de Shell Suisse. Et ce n'est probablement qu'un début. «Nous sommes actuellement en discussion avec d'autres entreprises car notre offre suscite beaucoup d'intérêt», précise Christoph Schenk. En Suisse, la fortune des caisses de pension dépasse allègrement les 400 milliards de francs. ABB Prévoyance SA espère bien s'octroyer une part de ce gâteau. Pour y parvenir elle offrira ses services à un prix qui oscillera entre 0,2 et 0,3% de la fortune investie. Un tarif que les professionnels de la branche jugent «moyen». Séduisant, le projet d'ABB doit maintenant convaincre.

Pour Olivier Ferrari, consultant pour les fonds de pension chez Coninco SA, ABB Prévoyance SA a de bonnes chances de s'imposer en Suisse alémanique car trop peu d'acteurs se partagent ce marché. «ABB a modernisé sa propre caisse de pension, elle a réduit ses coûts. Aujourd'hui elle entend rentabiliser l'expérience acquise, c'est une bonne chose.» Olivier Dumuid, chef du marketing de la gestion institutionnelle à l'Union Bancaire Privée, estime pour sa part que «le pari n'est de loin pas gagné, même si ABB possède une très bonne image sur le marché». Selon Olivier Dumuid «il faudrait un réel mécontentement pour que les clients décident de changer de gestionnaire».

Graziano Lusenti, responsable des investissements institutionnels à la Robeco Banque est lui aussi sceptique car «le marché de la prévoyance professionnelle est très disputé. De plus, ABB vient trop tard sur ce marché. Actuellement les caisses de pension offrent un choix considérable de produits sur mesure. Très porteur ces dernières années, le marché risque aujourd'hui de devenir plus difficile, provoquant du même coup un processus de concentration.» Pour Graziano Lusenti, ABB possède tout de même un atout: «Certaines entreprises seront probablement séduites par ce type d'offre car elles apprécieront le fait que celle-ci soit formulée par une entreprise industrielle et non pas par un institut financier.»

Chez ABB, en tout cas, Christoph Schenk reste confiant. Il est vrai que la multinationale ne prend pas un gros risque puisque ses investissements sont quasiment insignifiants. Il n'empêche, avec cette nouvelle stratégie, la caisse de pension d'ABB prouve une nouvelle fois son dynamisme. Il y a quelques années, elle avait introduit, avant les autres, l'individualisation de la prévoyance professionnelle.

Un système qui permet aux membres de la caisse de pension de prendre plus ou moins de risques pour faire fructifier leurs avoirs.