Entreprise globale par excellence, ABB reste néanmoins un groupe ancré sur son marché d’origine. Le géant zurichois de l’électrotechnique, qui compte quelque 135 000 collaborateurs dans cent pays, continue d’être présent en Suisse sur plusieurs de ses sites qui étaient parfois déjà occupés par Brown Boveri & Cie (BBC). Cette société a donné naissance au groupe actuel suite à sa fusion en 1988 avec l’entreprise suédoise Asea. Loin de se limiter aux seules fonctions de quartier-général, ABB Suisse, qui emploie quelque 6500 personnes, joue un rôle clé dans la recherche, à quoi s’ajoutent certaines activités de production.

Un cinquième du budget de recherche alloué à la Suisse

«Alors que seuls 5% des effectifs du groupe sont en Suisse, notre pays dispose d’un cinquième du budget de recherche et développement de l’ensemble du groupe», a mis en perspective Remo Lütolf, directeur d’ABB Suisse, à l’occasion d’une série de présentations qui ont eu lieu mardi et mercredi devant des journalistes suisses et internationaux. De son côté, Stefan Ramseier, responsable du centre de recherche d’ABB Suisse à Baden-Dättwill, a rappelé que ce site reste le plus important parmi les sept centres globaux que compte le groupe à travers le monde. Organisé de manière décentralisée en Argovie, ABB est présent aussi à Turgi et Lenzbourg, des sites éloignés les uns des autres d’une dizaine de kilomètres, en plus de Baden où était basé le siège de BBC créé il y a 125 ans.

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L’électronique de puissance est l’un des domaines de prédilection d’ABB en Argovie. Sur son site ultra-moderne de Lenzbourg où le groupe a investi plus de 200 millions de francs depuis 2010, Manfred Kraxenberger, responsable de l’usine BiMOS, présente quelques pièces de semi-conducteurs de puissance, des composants utilisés aussi bien pour les lignes à haute tension, les systèmes de transmission pour les chemins de fer ou servant à la propulsion de bateaux.

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Quels sont les défis à surmonter pour continuer de produire en Suisse plutôt qu’à l’étranger? Manfred Kraxenberger cite d’abord et avant tout la nécessité de rester à la pointe en matière de technologie. Pour faire face à la force du franc, le groupe s’efforce aussi d’optimiser ses processus de production et de réduire ses coûts en s’approvisionnant aussi à meilleur compte à l’étranger. «Chaque année, nous continuons d’investir sur ce site», assure-t-il.

Pas seulement pour le marché helvétique

Une dizaine de kilomètres plus loin à Turgi, ABB fabrique surtout des convertisseurs destinés au domaine ferroviaire. Une grande partie des équipements fabriqués ici sont vendus à des fabricants de trains ou de trams, en particulier Stadler Rail. Ils sont destinés au marché suisse, mais pas seulement: «Une partie de la production est aussi exportée à l’étranger», explique Ernst Roth, l’un des responsables du site de Turgi. La demande pour les convertisseurs – sortes de grandes armoires incluant différents composants électriques – augmente constamment, observe-t-il. Les exigences des nouveaux équipements, comme les entrées situées au niveau des quais, requièrent des systèmes plus complexes qu’auparavant.

A Turgi, ABB fabrique aussi des convertisseurs de plus grande taille – sorte de containers longs d’une quinzaine de mètres – de type ACS6000 utilisés notamment par des bateaux de croisière. Ces équipements, dont le coût peut aller d’un demi-million à plusieurs millions de francs, servent à alimenter des propulseurs de bateaux. Grâce au recours à des systèmes appelés convertisseurs de fréquence, il est possible de réduire la consommation d’énergie dans une proportion allant de 20 à 50%, estime le groupe. Si ABB fabrique de tels équipements dans plusieurs sites à travers le monde, les convertisseurs qui ont la plus grande taille ne sont, eux, produits qu’en Suisse, précise même l’un des employés du site.

Le stockage de données, nouveau secteur en pleine expansion

Autre créneau en pleine expansion: les systèmes d’alimentation et de refroidissement pour serveurs informatiques. Compte tenu de l’augmentation constante des volumes de données stockées, la nécessité de pouvoir disposer de systèmes étant à la fois fiables en cas d’interruption de courant, moins gourmands en énergie et en volume devient toujours plus cruciale. ABB a testé des systèmes pour le compte du fournisseur internet Green.ch, aussi actif dans le stockage de données, ainsi qu’en collaboration avec l’Université de Bâle.

Dans un bâtiment ultra-contrôlé servant à héberger des serveurs exploités par Green à Lupfig, Lutz Boettger, spécialiste de la gestion des infrastructures chez ABB, indique que le nouveau système MNS-Up élaboré par le groupe permet de réduire jusqu’à 30% la place nécessaire pour héberger des serveurs. Une économie obtenue grâce au fait que seul une partie de l’espace est refroidie et non plus l’ensemble de la pièce qui abrite les serveurs.