Immobilier

Abdallah Chatila ose le premier hôtel touristique en zone industrielle à Genève

Le promoteur genevois a décidé d’aller à contre-courant du marché. Il prévoit de livrer en 2018 plusieurs milliers de m2 de bureaux à Plan-les-Ouates. Sa recette: casser les prix et assortir son offre de 106 chambres trois étoiles, ainsi que d’un restaurant haut de gamme

Le projet immobilier, signé de l’agence M3 Real Estate, est un OVNI dans le paysage des zones industrielles à Genève. Son nom de code: Stellar 32. Un concept appelé à égailler, si ce n’est bouleverser le périmètre dédié au secteur secondaire de Plan-les-Ouates. «Le premier coup de pioche aura lieu mercredi prochain, pour un bouquet de chantier prévu en 2018», se félicite sa cheville ouvrière Abdallah Chatila.

Devisé à environ 200 millions de francs, le bâtiment dernier cri a été pensé pour accueillir des sociétés artisanales traditionnelles, mais aussi des entreprises technologiques, voire de l’industrie lourde. Originalité du dispositif: l’intégration d’un hôtel de catégorie trois étoiles supérieur, pour touristes d’affaires et voyageurs de loisirs. L’enseigne, qui ne s’annonce pour l’heure pas sous une franchise Accor, sera adjacent aux locaux commerciaux, dont les superficies se veulent modulables (bureaux de 150 m2 à des plateaux de 6000 m2).

Concept insolite

L’agencement de 32 246 m2 au total – ventilé sur trois parcelles indépendantes de cinq étages –, est assorti de 582 places de parking couvertes. «Nous allons aussi ajouter un restaurant branché (ndlr: d’autres avaient eu en leur temps la même idée, mais ne l’ont jamais concrétisée), conçu pour animer le secteur en soirée et dont la cuisine sera en partie destinée à la clientèle hôtelière contiguë», renchérit Abdallah Chatila. Ce dernier avait même imaginé installer une discothèque sur le site. Son exploitation s’est finalement révélée incompatible avec une activité hôtelière parallèle.

Bilan: le bout de territoire planaoutien dévolu au secteur secondaire se dote d’une offre de services inédite. Les salariés de la zone industrielle auront enfin une alternative immédiate à leur cantine d’entreprise. «Nous observons aussi un intérêt très marqué pour notre futur dispositif hôtelier de proximité (ndlr: 106 chambres, soit 4800 m2 répartis sur six niveaux)», précise le fondateur de M3 Real Estate. Plusieurs acteurs du luxe environnants ont déjà souhaité réserver plusieurs centaines de nuitées à l’année. Leur calcul: éviter de loger à Genève Aéroport ou à la Praille les clients ou les représentants de filiales étrangères qui leur rendent visite.

Déjà à moitié rempli?

Vu l’imminence des travaux, la vente de locaux vient de débuter. «Nous sommes en contacts avancés avec plusieurs locataires potentiels, pour des surfaces entre 1000 et 2000 m2, mais aussi trois gros clients – une société active dans la commercialisation de baux temporaires, ainsi que des entités de gestion de facturation et de stockage, éligibles pour une implantation en zone industrielle – désireux d’occuper environ 5000 m2», signale Abdallah Chatila. A ce stade, le taux de remplissage théorique du bâtiment avoisinerait les 50%.

Nous avons pris le risque de jeter à la poubelle nos anciens plans et de demander une nouvelle autorisation de construire.

Stellar 32 aura toutefois attendu quatre ans pour être lancé. «Nous sommes à l’origine partis sur un projet assez rigide, avec des locaux dimensionnés à la hausse. Mais le marché s’est entre-temps retourné. Nous avons donc pris le risque en 2014 de jeter à la poubelle nos anciens plans et de demander une nouvelle autorisation de construire, mais sur la base d’un concept plus dynamique», confie Abdallah Chatila.

En moyenne, 30% moins cher

Comment rentabiliser l’opération, sachant que Genève souffre d’une surabondance d’offre: plus de 170 000 m2 sont pour l’heure toujours vacants dans le canton? Grâce à un prix de location moyen revu fortement à la baisse. «Il est vrai qu’aujourd’hui l’immobilier commercial ne se porte pas très bien. En particulier au centre-ville, où le m2 se négocie à présent entre 500 et 600 francs. Si nous avons quand même choisi de lancer ce chantier, c’est en raison de son originalité et le fait qu’il se situe en périphérie, où nous observons plutôt une certaine pénurie», explique Abdallah Chatila. Mais aussi parce que les locaux flambant neufs y seront vendus en moyenne 280 francs le m2 – soit quelque 560 000 francs de loyer annuel pour 2000 m2 occupés –, au lieu d’environ 400 francs, sachant qu’il peut s’agir d’infrastructures moins modernes.

La zone industrielle de Plan-les-Ouates doit accueillir d’autres projets immobiliers d’envergure: Patek Philippe et son chantier de 50 000 m2, livrable en 2019 et devisé à 450 millions de francs, Tourbillon (80 000 m2), diligenté par des promoteurs zurichois, etc. Sans oublier la nouvelle ligne de tram, annoncée pour dans deux ans et qui placera le périmètre à 15 minutes du cœur de Genève.

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