Tous les éléments d'une bataille boursière pour le contrôle d'ABN Amro, la première banque des Pays-Bas, sont en place. Engagée depuis près d'un mois dans des discussions exclusives avec la troisième banque britannique Barclays - en vue d'une fusion, qui créerait le deuxième établissement européen et le sixième mondial -, ABN Amro est désormais convoitée par un consortium de banques européennes.

La belgo-néerlandaise Fortis, la britannique Royal Bank of Scotland (RBS) et l'espagnole Santander ont, en effet, adressé une lettre commune aux dirigeants de la banque néerlandaise, en fin de semaine dernière, lui proposant d'engager des discussions en vue de «déposer une offre d'acquisition d'ABN Amro». Ces établissements ont précisé n'avoir «aucune certitude» sur l'issue de ces discussions, souhaitant «pouvoir procéder à un examen détaillé des comptes» du groupe. Cette association de trois grandes banques de pays et de cultures différents constitue une initiative inédite dans l'histoire bancaire en Europe, où les batailles boursières restent rares et répondent à des scénarios classiques d'offres et de contre-offres individuelles.

Le projet du consortium, dont le caractère amical pourrait se muer en une offre hostile selon l'accueil que lui réservera ABN Amro, semble très différent de celui de Barclays. Il entraînerait de fait, nécessairement, un démantèlement des activités du groupe néerlandais.

Selon la presse britannique, Royal Bank of Scotland serait intéressée par les activités d'ABN Amro aux Etats-Unis, Santander par celles en Italie et au Brésil, et Fortis par son métier de banque d'investissement. Dans un entretien au Monde du 31 mars, le PDG de Fortis, Jean-Paul Votron, s'était montré dubitatif à l'égard des fusions bancaires transfrontalières, indiquant que de tels «rapprochements [...] comme celui de Santander avec Abbey National en 2004, ou celui d'Unicredit et d'HypoVereinsbank en 2005, (restaient) rares en Europe». L'offre du consortium a-t-elle redonné de la vigueur aux discussions entre ABN Amro et Barclays? Des sources proches des banques indiquaient, lundi, que celles-ci se donnaient 48 heures pour parvenir à un accord de fusion. Mais, dans le même temps, ABN Amro indique que «sa direction et son conseil de surveillance étudieraient la lettre (du consortium bancaire) avec soin, conformément à ses responsabilités».

Sans attendre l'issue des négociations, le fonds d'investissement TCI (The Children's Investment management fund), actionnaire d'ABN Amro, a fait savoir, ce week-end, sa satisfaction.

Quelle que soit l'option retenue, ABN Amro va devoir rendre des comptes à TCI et à l'ensemble de ses actionnaires, lors de son assemblée générale prévue le 26 avril. C'est à cette date que doivent être examinées les propositions du fonds dirigé par Chris Hohn, qui réclame soit une vente intégrale de la banque, soit une cession par appartements. Le Monde