«IBoxx 40 constitue la plus grande innovation sur le marché obligataire suisse depuis 10 ans» ne craint pas d'affirmer Paul Thind, vice-président de la division Produits structurés de la Banque ABN Amro à Zurich. Ce nouveau produit a été développé au vu de l'offre limitée disponible sur le marché des emprunts obligataires en francs suisses. «Car depuis l'avènement de l'euro, notre marché des capitaux tend en un certain sens à se marginaliser. Nombre de grands débiteurs mondiaux en sont absents», relève Paul Thind.

«Le marché suisse dans son ensemble n'est donc pas très liquide et le segment des obligations single A et BBB manque même totalement de liquidité», explique de son côté Thomas Winkler, président du comité de gestion suisse de ABN Amro. C'est donc pour combler ces lacunes que le groupe financier néerlandais vient d'émettre une première série de iBoxx 40, soit un notes à taux fixe en francs suisses, assortie en l'occurrence d'un coupon annuel de 3% et d'une durée de 5 ans, car «cette échéance correspond au segment le plus liquide de la courbe des taux». Les investisseurs peuvent investir dans iBoxx 40 à partir de 5000 francs.

Par rapport aux produits obligataires comparables en francs suisses, ce produit dérivé structuré de construction relativement complexe est censé offrir une plus grande liquidité et une meilleure diversification des risques, «de manière à éviter le risque de défaillance d'un débiteur unique» précise Thomas Winkler.

D'un volume d'émission de 500 millions de francs, la première série iBoxx40 est en effet diversifiée en 40 débiteurs obligataires mondiaux, lesquels servent en fait de sous-jacents à autant de CDS (Credit Default Swaps) plus liquides. Ces 40 débiteurs bénéficient d'une note de solvabilité comprise entre A (au minimum) et AAA alors que les échéances s'échelonnent entre une année et 30 ans. Ce qui vaut à l'iBoxx 40 une note A3 de la part de Moody's.

La procédure de sélection est basée sur l'indice obligataire iBoxx des valeurs non financières calculé par Deutsche Börse. Le processus de sélection en a retiré les débiteurs BBB et privilégié les grandes capitalisations. «L'exclusion des valeurs non financières s'explique notamment par le souci de ne pas surexposer des portefeuilles généralement déjà bien pourvu des institutionnels helvétiques», explique Kuno Kennel.

Si, d'une manière générale, les dérivés de crédits donnent lieu à certaines inquiétudes en raison de leur impact sur les engagements des banques et les marchés, la mise au point de iBoxx 40 résulte d'une longue et minutieuse évaluation des besoins des institutionnels suisses de la part des spécialistes de ABN Amro. Le groupe néerlandais occupe d'ailleurs aujourd'hui le quatrième rang sur le marché des émissions internationales en francs suisses. Mais iBoxx 40 se veut aussi plus transparent et sa cotation en Bourse suisse est prévue dès aujourd'hui.

Si aucun des 40 débiteurs ne fait défaut, le remboursement s'effectue au pair. Au cas où un débiteur devait faillir, ABN Amro vendrait l'actif sous-jacent correspondant et le produit de la vente serait versé en liquide au détenteur du notes alors que le coupon serait calculé sur le montant ajusté du principal. Mais au vu de la large diversification, aucun débiteur ne représente plus de 2,5% du notes. Le détenteur d'un iBoxx 40 n'est pas exposé au risque de change mais il subit en revanche le risque de taux, le risque de crédit et le risque de contrepartie. Pour les investisseurs institutionnels avertis, le notes et chacun de ses 40 composants peut en outre faire l'objet d'une couverture (hedging). Pour un risque plus diversifié, l'iBoxx 40 offre un rendement (de l'ordre de 3,1% vendredi) légèrement supérieur aux obligations de risque équivalent. Par rapport aux fonds obligataires, iBoxx 40 se veut surtout plus liquide et avantageux en termes de coûts (pas de commissions de gestion): écart de 5 points de base entre les cours demande/offre pour les transactions supérieures à 50 millions de francs.