Futur président de l'ABN Amro, Rijkman Groenink a un rêve: que la troisième banque européenne par son total de bilan ait, à l'horizon 2005, quelque 10 millions de clients en Europe. Mardi, celui qui n'est encore que président de la division Europe, qui regroupe depuis peu l'ensemble du continent et le marché domestique néerlandais, a fait de son rêve un objectif concret, fixé dans un plan de développement baptisé «Focus 2005». Ce plan est né d'une série de constatations: L'euro et la révolution technologique poussent ABN Amro à «adapter sa stratégie» aux Pays-Bas et en Europe.

Ces modifications passent par une réduction du nombre d'agences aux Pays-Bas, un accroissement des investissements dans les moyens de communication, et une réorganisation de la division Europe. Le plan a deux objectifs principaux. D'une part, «conserver ou renforcer notre position aux Pays-Bas». ABN Amro voit en effet arriver sur son marché domestique jusqu'à présent bien occupé par trois banques néerlandaises (elle-même, Rabo et ING se partagent environ 90% du marché) des acteurs étrangers présents, non pas physiquement, mais sur Internet. Ceux-ci sont particulièrement actifs dans les transactions boursières tandis que la Royal Bank of Scotland propose désormais des crédits immobiliers.

Investissements accrus

D'autre part, la banque est consciente qu'il lui faut grossir dans un marché européen uni par sa monnaie: d'où la recherche des dix millions de clients, alors que la banque dénombre aujourd'hui 3,5 millions de clients aux Pays-Bas, auxquels s'ajoutent quelques centaines de milliers pour le reste de l'Europe. Focus 2005 passe aussi par la réduction du nombre d'agences aux Pays-Bas, de 900 à l'heure actuelle à 750 dans cinq ans. Du coup, ABN Amro va réduire ses effectifs d'un peu plus de 10%: «Nous prévoyons une diminution par voie naturelle de 2500 emplois à plein temps sur un total de 24 000», précise Rijkman Groenink. En contrepartie, la banque va notamment accroître ses investissements dans l'Internet et autres call-centers. Le groupe est également en train de revoir l'ensemble de ses services en ligne qui se sont développés, jusqu'à présent, de façon hétérogène. «Nous serons prêts à la fin du troisième trimestre», pronostique Dolf Collee, responsable du développement au sein de la nouvelle division Europe (qui sera géographiquement divisée en Benelux, et autre pays de l'Union européenne plus la Suisse).

Selon Rijkman Groenink, l'ensemble de ces mesures permettra d'économiser, à la fin de 2004, 160 millions d'euros par an. Ce chiffre sera constant pendant les années suivantes. Les investissements supplémentaires sont, eux, chiffrés à «quelques centaines de millions d'euros au total», sans plus de précision.

Internet sera aussi l'un des véhicules permettant à l'ABN Amro de pénétrer virtuellement des marchés européens. «Mais cela nécessite d'importants efforts en terme d'infrastructure, d'informatique et de marketing. Nous étudierons le cas pays par pays. Nous ne nous lancerons que si nous sommes convaincus qu'il n'existe aucune possibilité de fusion ou d'acquisition», indique Rijkman Groenink. Ces deux dernières options restent d'actualité pour la première banque des Pays-Bas.