Les réactions des spécialistes ne se sont pas fait attendre, jeudi, après l’annonce des énormes pertes apparemment causées par un unique courtier londonien d’UBS. Laissant entendre, entre les lignes, que les leçons de l’affaire Kerviel n’ont pas été tirées. Et appelant à une diminution de l’importance des activités de «banque d’affaires».

«Il est fort possible que – comme Kerviel – cet employé ait été implicitement incité à prendre des risques, qui au final seront assumés soit par les actionnaires soit par le contribuable; ceci reflète une absence de changement de la culture régnant au sein des banques d’affaires», réagit ainsi Marc Chesney, professeur de finance à l’Université de Zurich.

Le changement doit venir de la pression des actionnaires

«Ceci montre aussi que faire confiance aux banques d’affaires pour se réguler elles-mêmes ne fonctionne pas», ajoute cet expert. Selon lui, la question cruciale n’est désormais plus seulement celle du rôle des autorités. «C’est bien celui des actionnaires de ces banques, qui se devraient d’intervenir», martèle Marc Chesney.

Aux yeux de Xavier Kemlin, actionnaire de la Société Générale qui s’était porté partie civile lors du procès Kerviel, «de tels traders franchissant la ligne blanche sont des purs produits du système». Cela en raison de «questions de bonus, de reconnaissance des supérieurs». Mais, également, «parce qu’il y a une telle pression poussant à faire du chiffre, à amener des deals», reconnaît celui qui s’était plongé au cœur de la procédure judiciaire.

En l’absence de détails, c’était cependant la stupéfaction qui prévalait hier encore. Ne tenant pas à spéculer sur les causes de telles pertes, Olivier Scaillet, professeur de finance et de statistique à l’Université de Genève, ne peut que s’étonner «que, compte tenu des moyens modernes de contrôle des risques – outils statistiques et informatiques de suivi en continu des risques et de validation des trades– ce type de pertes soit encore possible».

Des «traders» mal formés

Au-delà des détails techniques, la question de la formation des courtiers revient à nouveau sur le devant de la scène. «Si les salles de marché sont perçues par les futurs courtiers comme un vaste casino auquel les connaissances scientifiques autoriseraient l’accès, si la plupart des modèles présentés dans le cadre de leur formation – et utilisés par la suite – ne fonctionnent… qu’en absence de crise, alors c’est que manifestement un problème existe», lance Marc Chesney. Ce dernier est à l’origine d’un appel «pour renouveler l’enseignement de la finance» avec d’autres universitaires. Autant de questions déjà posées dès 2009 et qui, trois ans après la plus grave crise financière de l’après-guerre, n’ont pas encore de réponse.