Coup dur pour l'industrie du textile et de l'habillement bâlois. Les jeans Big Star risquent de bientôt disparaître des rayons des magasins, trente années après leur création. En manque de liquidités, la firme rhénane va déposer son bilan et demander un sursis concordataire. Objectif: sauvegarder une partie des 250 emplois de l'entreprise en vendant ses actifs. Big Star compte quatre employés dans son siège à Allschwil (BL), 70 à Weil-am-Rhein (Allemagne) et 180 à Issenheim en France. Dans un communiqué publié mercredi, le conseil d'administration et la direction de Big Star regrettent de ne pas être parvenus à obtenir un accord avec les banques et les investisseurs potentiels pour assurer l'avenir à long terme du groupe. Pour y parvenir, la firme bâloise aurait eu besoin de 20 millions de francs, en plus d'un moratoire sur les dettes.

En 2002, la société avait bouclé son exercice avec une perte de 2,6 millions de francs, contre un bénéfice de 5,3 millions en 2001. Dans la foulée, elle avait abandonné sa collection pour enfants. L'an dernier, les pertes se sont encore creusées pour atteindre 19,9 millions de francs. Quant au chiffre d'affaires brut, il dégringolait de 28,5% à 89,9 millions.

La production de masse condamnée?

Les raisons évoquées par l'entreprise bâloise pour expliquer ses difficultés actuelles sont multiples. Tout d'abord, la conjoncture a pesé sur les ventes dans ses principaux marchés, l'Allemagne et la France. Le moyen de gamme, segment sur lequel la firme bâloise se concentre, a été particulièrement sensible aux conditions du marché. Ensuite, la structure de l'entreprise, avec un nombre important de sociétés de distribution, est aussi complexe que coûteuse. Enfin, la perte d'un important client a pesé sur la rentabilité du site de production de Issenheim en France. Et en 2004, la situation financière de Big Star n'a connu aucune embellie. «Durant les quatre premiers mois de l'année, la perte s'élève à 750 000 francs», relève Martin Tschumi, responsable des finances.

Les problèmes que l'industrie du textile et de l'habillement rencontre actuellement ne datent pas d'hier. «En Europe, cela fait cinquante ans que cette branche souffre. La production de masse n'a plus aucun avenir en Suisse et elle disparaîtra. Seules les niches dans le haut de gamme parviennent à se faire une place à l'échelle mondiale», explique Thomas Isler, président de la fédération Textile Suisse. Confirmation par les chiffres: entre 1995 et 2003, les ventes de l'industrie textile et de l'habillement ont chuté de 4,4 milliards de francs à 3,6 milliards, soit 18%. Au niveau de l'emploi, le repli est également significatif. Entre 2002 et 2003, le nombre d'employés a diminué de 10%: il est passé de 20 700 à 18 500 personnes. Le mois de mai a été particulièrement dur pour la branche du textile: par rapport à avril, le taux de chômage a progressé de 0,5% pour atteindre 8,3%. Comparativement aux autres secteurs, il s'agit de la hausse la plus forte. La situation ne devrait pas s'arranger. En janvier 2005, l'Accord sur le textile et le vêtement entrera en vigueur. Les quotas d'importations seront supprimés. Dès lors, des licenciements massifs et des fermetures d'entreprise ne sont pas à exclure.