Editorial

Accepter le succès ou l’échec

Le campus de l’EPFL attire de plus en plus de multinationales. Plutôt que pointer du doigt les géants de l’industrie qui avalent les petites pousses lémaniques, il faudrait plutôt s’inquiéter sur le manque de financement en matière de capital-risque

Comment interpréter le rachat de start-up romandes par des géants de l’industrie? Durant cette année 2015, quelques jeunes entreprises issues de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ont été englouties par Intel et Apple. D’autres multinationales se contentent d’une présence sur le site de l’école polytechnique en y finançant des laboratoires et programmes de recherche. Le campus les attire de plus en plus. Après Logitech, Credit Suisse, Siemens, Intel, Cisco ou Peugeot Citroën, Swisscom a récemment annoncé son arrivée à Ecublens.

On peut s’interroger sur la présence de ces entreprises qui semblent planer et tournoyer dans le ciel d’Ecublens avant de piquer, tels des faucons, sur leurs proies pour les dévorer. La région lémanique paraît perdre tout un savoir-faire lorsque ces perles de l’innovation se retrouvent entre les griffes de leur prédateur. Le rêve de voir éclore un Google «made in Switzerland», avec des emplois sous-jacents, semble s’évaporer dès qu’une start-up se fait racheter. En effet, il n’y a pas eu de gros succès en Europe dans la technologie ces cinquante dernières années, contrairement aux États-Unis. Or, la présence d’un important groupe en Suisse permettrait de créer un écosystème incitatif et propice aux développements d’autres sociétés actives dans les technologies. Comme l’ont par exemple démontré la région bâloise et son industrie pharmaceutique, voire même la «Heath Valley lémanique» et ses entreprises dans la biotechnologie.

Toutefois, en donnant la parole aux fondateurs des start-up rachetées, les choses sont tout autres. On constate qu’elles n’auraient probablement jamais pu se transformer en Google helvétique. Certaines auraient disparu si elles n’avaient pas trouvé preneur. D’autres ont, par ces opérations, trouvé les moyens financiers pour passer du prototype au produit tout en restant en Suisse. Quelques start-up auraient de toute façon dû quitter la Suisse face à leur difficulté en matière de recrutement de spécialistes, rendue encore plus complexe après le vote du 9 février. Enfin, certains jeunes entrepreneurs n’avaient tout simplement pas l’envie ni la motivation de transformer leur start-up en PME, voire en multinationale.

Ainsi, à défaut de pointer du doigt les géants de l’industrie qui avalent les petites pousses lémaniques, il faudrait plutôt s’inquiéter sur le manque de financement en matière de capital-risque, les difficultés en matière de recrutement, les problèmes de fiscalités pour les sociétés de capital-risque ou tout simplement s’interroger sur le manque de motivation des jeunes entrepreneurs et leur peur de voir leur start-up prendre une envergure plus importante. Et c’est peut-être ce dernier point qui sera le plus difficile à faire évoluer. À savoir permettre au monde de l’ingénierie d’accepter aussi bien l’échec que le succès de son projet d’entreprise.

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