Le terrain de foot est glissant. Vous dribblez un joueur et vous retrouvez face au but. C'est le contact avec le gardien adverse. Votre jambe se brise. Une ambulance vient vous chercher une demi-heure plus tard.

Ce scénario est la hantise des assureurs. Et pas seulement de la Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents (SUVA). Tous les acteurs du segment le craignent. Les pépins survenus durant les loisirs, couverts par l'assurance accident professionnel (LAA), sont d'autant plus redoutés qu'ils sont en augmentation.

Une vaste étude de la SUVA publiée jeudi, portant sur la période de 1998 à 2002, le démontre. En 2003, un sommet a même été atteint avec 477 000 accidents non professionnels. Ils se montaient à 421 000 en 1998 et à 456 000 en 2002. Cela étant, ce chiffre doit être tempéré. «La cause principale est l'augmentation totale du nombre de salariés assurés», confie Alois Fässler, statisticien à la SUVA. L'effet serait en quelque sorte mécanique: plus de personnes égale plus d'accidents. Durant ces cinq ans, le total des salariés est passé de 3,2 à 3,5 millions.

Ces dommages ont eu un coût financier. En 2002, les assureurs ont versé 2,55 milliards de francs en lien avec les accidents dits «de loisirs», contre 2,07 milliards en 1998. Une hausse de 23% sur quatre ans.

Mais on est encore loin du compte. Il faut rajouter les accidents professionnels. Le total des sommes versées atteint alors 4,16 milliards en 2002. En 1998, ce montant s'était établi à 3,4 milliards. Sur la période, la progression dépasse 20%. Point positif, le nombre des accidents professionnels est en recul. «Les mesures de prévention et le renforcement du tertiaire, moins sujet aux accidents que l'industrie, ont nourri cette baisse», explique Alois Fässler.

Ces chiffres sont «particulièrement inquiétants», selon le communiqué de la SUVA. La progression du nombre d'assurés ne suffit pas à les expliquer. Les rentes d'invalidité figurent parmi les postes qui posent problème. Le nombre de cas a pris l'ascenseur. «Les rentes d'invalidité augmentent lorsque la situation économique se dégrade, explique Alois Fässler. Aujourd'hui, les ouvriers peinent à trouver un job après un accident et se retrouvent avec une rente.» L'inflation joue aussi un rôle. Le montant des rentes et des indemnités journalières évolue en fonction des salaires «qui progressent de 7 à 8% sur la période». En revanche, les soins médicaux auraient moins d'influence. «Ces coûts représentent seulement 27% des prestations versées», souligne Alois Fässler.

Les accidents de la route croissent également. Pour la première fois en 2002, les coûts occasionnés ont dépassé le milliard de francs. En 2002, 73 109 personnes ont reçu des soins, contre 63 688 en 1998.

Le rapport relève le poids des coûts socio-économiques dérivés. Un franc versé sous forme de rente, d'indemnité journalière ou de frais de médecin implique 2 francs supplémentaires de coûts indirects pour l'économie (absence au travail, etc.).