Assurance

«Les accidents de football causent 500 000 jours d’absence du travail»

Le football amateur est souvent une source de plaisir, mais ses accidents coûtent cher à l’économie: 180 millions de francs. Le nombre de jours d’absence du travail correspond à 2000 collaborateurs qui ne travaillent pas pendant un an, explique Felix Weber, directeur de la Suva

Felix Weber a pris la direction de la Suva en janvier dernier. Il présentait vendredi à la presse, à Lucerne, un excédent de recettes de 27 millions de francs. Il préside également le Bureau de prévention des accidents. Il s’exprime sur ses objectifs à la tête de l’assureur:

Le Temps: Vous êtes un ancien joueur de première ligue. Or 30% des accidents sportifs se passent en jouant au football. Est-ce que les joueurs réagissent à vos efforts de prévention?

Felix Weber: J’ai passé une grande partie de ma jeunesse sur un terrain de football. L’objectif de la Suva consiste ici à sensibiliser les joueurs afin qu’ils se protègent mieux lors des tournois amateurs. Nous enregistrons chaque année 45 000 accidents de football occasionnant 180 millions de coûts. Cela signifie que les accidents de football causent 500 000 jours d’absence du travail, ce qui correspond à 2000 collaborateurs qui ne travaillent pas pendant un an! Hélas, il faut bien admettre que tous les adeptes de foot n’ont pas toujours une bonne alimentation, ni un équipement adéquat, parfois même pas d’entraînement. Nous ne proposons pas d’ériger de nouveaux interdits. Le football doit rester un plaisir et dégager des émotions positives

– Combien investissez-vous dans ce type de prévention?

Nous dépensons 110 millions dans la prévention des accidents professionnels et non professionnels, dont 14% pour ces derniers. Là, nous investissons dans la formation en entreprise et dans les domaines où nos campagnes produisent un impact significatif. Il s’agit des chutes, du football, du ski et du vélo.

 – Observez-vous une tendance structurelle à la baisse des accidents professionnels et à la hausse en dehors du travail?

Oui. En tant qu’organe d’exécution, nous avons une influence directe sur la diminution des accidents professionnels. Avec la numérisation, l’organisation du travail a aussi changé, y compris dans l’industrie, ce qui facilite la réduction des accidents. Dans les loisirs, le besoin d’exercice physique et d’adrénaline se traduit parfois par des risques d’accidents.

 – Où allez-vous placer vos priorités en tant que nouveau président de la direction de la Suva?

Le modèle Suva a fait ses preuves dans la limitation des sinistres, la prévention et la réhabilitation. Mon rôle s’inscrit dans ce processus de continuité. La loi sur les accidents (LAA), qui devrait entrer en vigueur au début de janvier 2017, définit notre marge de manœuvre. Or elle nous interdit d’entrer dans de nouveaux domaines d’activité. Nous devons donc nous concentrer sur l’effort d’efficience dans nos métiers de base et au service du site industriel suisse et tirer profit de la numérisation de l’économie suisse.

 – Vous dites avoir épargné 40 millions grâce à Big Data en 2015. Quel est le potentiel futur?

Le montant est supérieur. Les frais de guérison s’élèvent à 1,2 milliard de francs. Nous renvoyons à l’expéditeur pour 200 millions de francs de factures. Soit elles sont envoyées à double, soit leur code nous paraît étrange ou alors le médicament ne correspond pas au besoin. Big Data nous permet de signaler les erreurs de façon plus rapide et efficiente. A l’avenir, la technologie indiquera les paramètres les plus performants.

J’ajoute que la numérisation a commencé très tôt à la Suva, de l’annonce électronique des accidents à la transmission des radiographies en passant par l’établissement des tarifs de Tarmed. Actuellement 97% des factures sont traitées par voie électronique.

 – Quelle sera la situation dans cinq ans? Est-ce que chaque employé aura un senseur sous la peau qui indiquera les risques d’accident?

La tendance va dans ce sens, même si personne ne peut prévoir l’avenir à cinq ans. La voiture sans chauffeur est déjà une réalité. Les objets interconnectés se multiplient. Placés par exemple dans des lunettes, ils vous avertiront peut-être d’un danger imminent. Le risque d’accident va être profondément modifié. A la Patrouille des glaciers, l’équipe de la Clinique romande de réadaptation a d’ailleurs couru avec des pantalons et t-shirts équipés de senseurs qui transmettent une foule de données sur la santé.

 – Pourquoi est-ce qu’un employé devrait se promener avec l’app de la Suva sur son smartphone?

Nous pouvons aider un individu ou une entreprise à l’endroit d’un sinistre, lui apporter des informations dans leur contexte, par exemple sur les règles de comportement ou les risques d’avalanche sur les pistes de ski. Dans une entreprise, si nous constatons que 40 portables sont enclenchés sur un chantier, nous en déduisons que les travaux ont commencé et pouvons avertir des risques, par exemple liés à l’amiante.

 – Quel est l’effet des taux négatifs sur les primes d’assurance et les placements?

Nous avons atteint un équilibre entre les primes et les risques. L’impact des taux négatifs est plus sensible sur les placements. Mais nous sommes encore plus touchés par les coûts des couvertures de change. Ces derniers nous réduisent le rendement total de 0,6%, soit 250 millions de francs.

 – Quelle est votre réaction aux taux négatifs?

Nous nous couvrons contre le risque de change et disposons d’une capacité au risque qui nous permet de compenser les taux négatifs. Le rendement s’est élevé à 1,2% en 2015, contre 7% l’année précédente. Notre besoin de rendement à long terme se monte, lui, à 2,5%.

 – Les primes devraient être abaissées lorsque l’inflation est négative. En outre, les coûts des accidents professionnels diminuent. Pourquoi gardez-vous les primes inchangées en 2017?

Le montant des primes est à l’équilibre. Nous les avons réduites à sept reprises de suite. Elles seront stables en 2017. Nous avons des réserves que nous pouvons redistribuer aux clients dans le compte des assurances accidents. Leur montant atteint 40 millions. Malgré la situation tendue des marchés financiers, le financement du renchérissement des rentes a été suspendu en 2016. Il s’agit de 200 millions de francs qui sont redistribués à l’industrie suisse.

 – Est-ce que vous êtes dans les chiffres rouges à cause de la baisse de 48 millions du fonds de compensation?

Pour pouvoir distribuer ces 48 millions, nous devons afficher une perte d’exploitation de 21 millions. Mais l’excédent de produits est de 27 millions.
Nous disposons de réserves que nous redonnons aux entreprises à travers le fonds de compensation. Celui-ci permet de maintenir les primes à un niveau stable en cas de récession. Les entreprises évitent donc un alourdissement des charges pendant les périodes difficiles. Lorsque ce fonds de compensation dépasse un plafond clairement défini, comme aujourd’hui, la Suva procède à une restitution des excédents. Sans ce fonds de compensation, le bénéfice d’assurance serait semblable à l’année précédente. Le reste de la différence avec 2015 s’explique par le rendement inférieur sur les placements.

 – Êtes-vous toujours plus dépendants des placements?

Nous devrions avoir un degré de couverture de 117% à long terme. Il s’élève heureusement à 134% fin 2015. Mais ce coussin peut se réduire rapidement si les taux d’intérêt repartent à la hausse et se normalisent.

 – Les cas d’invalidité baissent à nouveau. Est-ce une tendance forte?

La tendance est plutôt stable depuis cinq ans. Le nombre a diminué de 109 en un an, à 1605 cas, mais nous resterons vers 1700 à moyen terme.

 – Est-ce que l’on peut comparer la qualité de l’assurance-accident en Suisse à celle d’autres pays?

Chaque pays dispose de ses propres lois sur les assurances sociales. La comparaison n’est pas possible. Certains versent un montant fixe par cas sans le lier au revenu précédent. Dans l’assurance accidents, des pays ont un système d’assurance professionnelle et les accidents non professionnels sont assurés par l’individu lui-même. Le grand nombre d’observateurs asiatiques est un signe de reconnaissance de la fiabilité de notre système.

 – Est-ce que votre savoir-faire peut être utilisé à l’égard du vieillissement démographique?

Notre savoir porte avant tout sur un retour rapide de l’assuré à son poste de travail. Les personnes de plus de 65 ans ne souffrent pas d’une perte de revenu. L’incitation à un retour rapide dans l’entreprise n’existe plus.

 – Est-ce que la volonté politique de relever l’âge de la retraite serait problématique pour la Suva?

Non pas pour la Suva, mais un éventuel relèvement modifierait les risques. Avec l’âge, la guérison est en général plus longue et plus coûteuse. L’impact se reproduirait sur les primes.

 – Est-ce que la Suva sera intégrée dans la discussion sur la définition du service public?

Non, l’Etat n’est pas actionnaire. La Suva est financée et dirigée par les partenaires sociaux.


 Stabilité des primes en 2017


La Suva a annoncé à la presse, vendredi à Lucerne, que le niveau des primes resterait stable en 2017. Ces prochaines années, l’assureur accidents s’emploiera à «maintenir les primes les plus basses possible», a déclaré Felix Weber, le nouveau président de la direction.

L’exercice 2015 s’est soldé par un excédent de recettes de 27 millions de francs. Par la réduction du fonds de compensation, elle a reversé 48 millions aux assurés. Il en résulte une perte d’exploitation de 20,7 millions. En outre, l’assureur a annoncé la suppression momentanée, à partir de 2016, le supplément de prime destiné au financement de la compensation du renchérissement. Il en résulte un allégement de 200 millions de francs pour les assurés. Les recettes de primes se sont accrues de 0,8%, à 4,2 milliards, alors que les prestations d’assurance ont augmenté de 1,7%, également à 4,2 milliards.

Dans les placements, soit 46 milliards de francs, la performance s’est élevée à 1,2%. Son degré de couverture financière atteint 133,6% (contre 134,2% fin 2014).

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