Les hôtels poussent comme des champignons à Zurich. Dix-sept nouveaux établissements, terminés, en construction ou planifiés, s'ajouteront à la centaine d'hôtels que compte la cité des bords de la Limmat. La plupart des hôtels voient le jour le long de l'axe Zurich-Kloten. McDonald prévoit ainsi de bâtir son premier hôtel à Rümlang, un centre de séminaires sera construit à Opfikon et un hôtel réservé aux femmes ouvrira ses portes en décembre. Dans les trois prochaines années, le nombre de chambres à Zurich devrait passer de 7500 à près de 10 000, soit une augmentation de 40%. Du jamais vu depuis les années 70 pour l'hôtellerie zurichoise!

Le groupe français Accor est un des principaux instigateurs de ce boom. Déjà présent à Genève, Lausanne, Neuchâtel et Sion, il a ouvert en mai dernier le plus grand complexe hôtelier de Suisse, près du Technopark de Zurich. Composé de trois établissements dans des catégories de prix différentes – Novotel (trois étoiles), Ibis (deux étoiles) et Etape (une étoile) – ce complexe de 457 chambres s'adresse essentiellement à une clientèle familiale et d'hommes d'affaires. Ouvert en mai, il affiche déjà un taux de remplissage de plus de 65%, se réjouit André Witschi, directeur général du segment hôtellerie économique en Europe.

Mais Accor ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Il a ouvert hier deux nouveaux hôtels, un Ibis (178 chambres) et un Formule 1 (103 chambres bas de gamme), à Oerlikon, à deux pas du WorldTradeCenter, du Hallenstadion et de l'aéroport de Kloten. Accor a investi 20 millions pour les deux établissements, un montant qui s'ajoute aux 50 millions consacrés au complexe Technopark.

Le concept d'Accor est simple: démocratiser l'hôtellerie en proposant des chambres standards à bas prix. Une chambre coûte ainsi 59 francs dans un Formule 1 (trois lits, TV, sans salle de bain) et 119 francs dans un Ibis (lit double, TV, douche et WC). André Witschi table sur un taux d'occupation supérieur à 70%. La tâche ne semble pas insurmontable. Accor s'installe en effet dans une niche de marché – les hôtels bon marché – encore inexploitée à Zurich. De plus, la métropole financière est la ville de Suisse dont les hôtels sont les plus fréquentés.

Avec un taux d'occupation de 77%, elle est loin devant les autres grandes cités helvétiques dont le taux avoisine les 60%, selon les chiffres de l'Office fédéral de la statistique. Zurich est même, après Amsterdam, la ville d'Europe où ces taux sont les plus élevés. La cité alémanique profite en fait du dynamisme de l'économie, de l'organisation de nombreuses manifestations sportives, de foires et de la Street Parade. Cette forte activité n'a pas manqué d'aiguiser l'appétit des chaînes hôtelières dont Accor.

Trois mille chambres supplémentaires à absorber

Ses deux nouveaux établissements, plus celui qui ouvrira ses portes en septembre à Baar (ZG), porte à 21 le nombre d'hôtels que le groupe français détient en Suisse. Sur le plan mondial, Accor, qui a récemment repris la chaîne américaine Red Roof Inn, se place en troisième position. En 1999, il a réalisé un chiffre d'affaires de 9,4 milliards de francs et un bénéfice net de 504 millions de francs. La société possède 3400 hôtels (370 000 chambres) et 500 nouveaux projets sont en cours. En Suisse, Accor pense ouvrir de nouveaux établissements bon marché à l'aéroport de Genève, à Fribourg, Lausanne, Bâle, Winterthour et Soleure. «Concernant le projet genevois, nous attendons d'un moment à l'autre les autorisations de construire», glisse André Witschi qui compte également plus que doubler le nombre des Novotel (moyen de gamme) qui devrait passer de 8 à 20 dans les cinq grandes villes de Suisse.

Reste à voir si le marché sera capable d'absorber cette offre de 3000 chambres supplémentaires. André Witschi est confiant. «Nous offrons un nouveau produit, bon marché. Or, Zurich en a besoin car elle n'est pas assez séduisante pour les jeunes.» Selon lui, c'est plutôt l'hôtellerie de luxe qui pourrait, à terme, souffrir de surcapacités. Cette offre supplémentaire de chambres ne devrait pas influencer le prix des chambres à la baisse. Mais les clients bénéficieront toutefois de cette concurrence accrue car elle contribuera vraisemblablement à augmenter la qualité de l'offre hôtelière.